Une tornade d'intensité modérée (EF2) frappe plusieurs communes d'Ille-et-Vilaine, le 15 décembre 2012 en début d'après-midi, sur une trajectoire remarquable de 28 kilomètres. Le phénomène, qui a été vu, ouvre un épisode groupé de tornades (outbreak) significatif, qui compte également une tornade EF1 à Notre-Dame-du-Hamel (Eure), une tornade EF0 à Sarceaux (Orne) et enfin une tornade EF2 entre Mayenne et Orne.  

Principales caractéristiques de la tornade

* intensité maximale : EF2, soit des vents estimés de 175 km/h à 220 km/h
* distance parcourue : 28 kilomètres
* largeur moyenne : 100 mètres

* communes traversées : LA BAUSSAINE, TINTÉNIAC, QUÉBRIAC, COMBOURG, LANRIGAN, SAINT-LÉGER-DES-PRES, CUGUEN, NOYAL-SOUS-BAZOUGES, BAZOUGES-LA-PÉROUSE
* département : ILLE-ET-VILAINE (35)
* altitude moyenne du terrain : 75 mètres
* type de terrain : tissu urbain discontinu ; terres arables hors périmètre d'irrigation ; prairies ; forêts de feuillus

* principaux dégâts : arbres feuillus déracinés ou brisés net, dont certains de bonne taille; arbres conifères brisés net voire dépouillés; arbres fruitiers brisés et emmenés à faible distance; toitures d'habitations arrachées en partie; une habitation éventrée; nombreux débris emmenés à grande distance (tôles vrillées accrochées au arbres, projection de morceaux de charpente); hangars effondrés; roundballers emmenés à une cinquantaine de mètres

NB : l'intensité des tornades est déterminée sur l'échelle EF augmentée. Cette version de l'échelle EF, mise en place par KERAUNOS depuis 2009, ajoute aux critères américains une série de spécificités propres à l'habitat européen.
 

Parcours de la tornade

 
© Keraunos (fond de carte : Géoportail)
 

Une trajectoire remarquable de 28 kilomètres

Une enquête de terrain menée par T. Cormier et G. Yvon pour Keraunos permet d'attester d'un phénomène tourbillonnaire à travers neuf territoires communaux distincts. 

La trajectoire de la tornade revêt un caractère assez remarquable puisque la distance totale parcourue atteint 28 kilomètres. Les dégâts analysés confirment une tornade le plus souvent d'intensité EF1, qui atteint ponctuellement l'échelon EF2 sur la commune de Tinténiac et en d'autres points du parcours. 

Les photographies suivantes illustrent les principaux dégâts causés par cette tornade : 

Grosses branches cassées et arbre brisé sur la commune de Tinténiac:
 © T. CORMIER - G. YVON / KERAUNOS

 Coin d'habitation effondré et dépendance écroulée sur la commune de Tinténiac (La Cocherais) :
 © T. CORMIER - G. YVON / KERAUNOS
 
© T. CORMIER - G. YVON / KERAUNOS
 
Roundballers envolés et dispersés sur la commune de Tinténiac (La Bigottière) :
 © T. CORMIER - G. YVON / KERAUNOS

 Arbres feuillus brisés nets, et conifères dépouillés, sur la commune de Tinténiac :
 © T. CORMIER - G. YVON / KERAUNOS

 Dépendance soufflée sur la commune de Québriac :
 © T. CORMIER - G. YVON / KERAUNOS

Tôle enroulée autour d'un arbre sur la commune de Québriac :
 © T. CORMIER - G. YVON / KERAUNOS

Arbres brisés net sur la commune de Québriac (ruisseau de Tanouarn) :
 © T. CORMIER - G. YVON / KERAUNOS

Petite construction de solidité médiocre totalement soufflée à Lanrigan (lieu-dit de La Haute Ruée) :
 © T. CORMIER - G. YVON / KERAUNOS

Toiture partiellement envolée et végétation sévèrement endommagée à Noyal-sous-Bazouges :
 © T. CORMIER - G. YVON / KERAUNOS

Toitures en tôles endommagées sur la commune de Noyal-sous-Bazouges (La Grettais) :
 © T. CORMIER - G. YVON / KERAUNOS

Petite construction partiellement détruite à Bazouges-la-Pérouse :
 © T. CORMIER - G. YVON / KERAUNOS

Flanc d'une habitation solide soufflée à Bazouges-la-Pérouse (La Blanchardière) :
  © T. CORMIER - G. YVON / KERAUNOS

Situation météorologique

La journée du 15 décembre 2012 est marquée par un très rapide flux zonal particulièrement rectiligne. Le courant-jet ceinture une partie de l'Atlantique nord et se prolonge sur le continent européen, avec des pointes jusqu'à 250 km/h à 250 hPa (vers 10.000 mètres d'altitude) [cf. Fig. 1]. De l'air froid circule à l'étage moyen dans ce flux [cf. Fig. 2], avec un déclenchement de la convection la plus active à l'avant immédiat d'un thalweg thermique bien dessiné et dynamique, générateur d'un dipôle de vitesses verticales très net (non visible sur ce champ). L'ensemble est associé, au niveau du sol, à une circulation elle aussi très zonale, pilotée par un complexe dépressionnaire étiré entre Islande, Ecosse et mer du Nord [cf. Fig. 3].

Les profils verticaux sont instables sur une grande partie du pays en journée, et notamment au nord de la Loire où la MUCAPE simulée par le modèle WRF excède localement 500 J/kg [cf. Fig. 4]. De telles valeurs sont élevées pour la saison. En présence d'une DCAPE très contenue (< 300 J/kg) [cf. Fig. 5] et de cisaillements de basses couches forts (> 15 m/s sur la tranche 0-1 km) [cf. Fig. 6], la situation est favorable à des formations de phénomènes tourbillonnaires (tubas, tornades), comme indiqué dans le bulletin de prévision émis par KERAUNOS le matin du 15 décembre.
 
 
     
 
Fig. 1 : Vent et isohypses à 250 hPa. WRF EUROPE 24 km.
Run du 15 décembre 2012 00Z.
Fig. 2 : Température et isohypses 500 hPa. WRF EUROPE 24 km.
Run du 15 décembre 2012 00Z.
     
 
Fig. 3 : Pression réduite au niveau de la mer. WRF EUROPE 24 km.
Run du 15 décembre 2012 00Z.
 Fig. 4 : MUCAPE (J/kg). WRF FRANCE 8 km.
Run du 14 décembre 2012 06Z.
      
 
Fig. 5 : DCAPE (J/kg). WRF FRANCE 8 km.
Run du 14 décembre 2012 06Z.
Fig. 6 : Cisaillements 0-1 km (m/s). WRF FRANCE 8 km.
Run du 14 décembre 2012 06Z.
 
Le radiosondage positionné en amont dans le flux et le plus proche des départements frappés par les tornades ce 15 décembre 2012 est celui réalisé à 11h TU à Brest [cf. Fig. 7 ci-dessus].            

Il présente un profil vertical instable, avec niveau de convection libre à 625 mètres et niveau d'équilibre à 5707 mètres (sur la base de la parcelle d'air la plus instable). La MUCAPE résultante est de 171 J/kg, pour un MULI de 0,0K. Comme suggéré par la simulation du modèle WRF, ces valeurs sont très vraisemblablement inférieures à celles observées quelques heures plus tard sur les zones touchées par les tornades.

On note un cisaillement directionnel faible dans toute l'épaisseur de la troposphère. Un cisaillement vitesse marqué est en revanche présent entre le sol et 1 km d'altitude, sans jet de basses couches identifiable. Les cisaillements profonds sont globalement faibles. L'ensemble dessine une structure verticale relativement conforme aux situations propices aux traînes actives avec risque de phénomènes tourbillonnaires, même si ce radiosondage ne reflète que partiellement les conditions réellement observées plus à l'est.

  

Coupures de presse

Le journal Ouest-France évoque rapidement le phénomène, dès le 15 décembre 2012:

Québriac (35). La tornade fait un carnage
 
Grosse frayeur ce samedi dans le bourg de Québriac. Vers 13h15, une mini-tornade a balayé le sud de cette petite commune du nord de Rennes. Plusieurs toitures de maisons ont été arrachées dans le quartier du Clos de la Rabine. Des nombreuses voitures ont été endommagées par l’envol des débris avec des vitres brisées.
 
Des personnes relogées
 
Des routes ont été coupées par les chutes d’arbres. Un PC de sécurité a été mis en place par les pompiers. Aucun blessé n’est à déplorer pour le moment a assuré l’adjointe au maire Patricia Huard, mais des personnes devront être relogées dans l’après-midi.
 
Des gros dégâts en campagne
 
Les habitants du bourg sont encore sous le choc, mais le passage de la tornade a également causé des dégâts en campagne.
 
Plusieurs exploitations agricoles et des toits d’habitations ont été décapités ; des arbres ont été brisés par la violence du souffle. Sylvain, 33 ans, exploite un troupeau de 60 vaches laitières, près de Tinténiac, à La Bigottière. La tornade lui a arraché la quasi-totalité de la stabulation où les animaux se trouvaient. La toiture du hangar a été dévastée.