Le 14 octobre 2012, à 15h40 locales, une tornade de faible intensité (EF1) frappe plusieurs communes située au Nord de Marseille, et plus particulièrement le centre commercial du Plan de Campagne. Le phénomène, qui a été vu et filmé par un grand nombre de témoins, aurait pu avoir des conséquences désastreuses si son intensité avait été supérieure, compte tenu de l'heure à laquelle il s'est manifesté.  

Il est à noter qu'une autre tornade a déjà touché la commune des Pennes-Mirabeau le 17 juin 1745. D'une intensité EF2, le phénomène avait parcouru une distance de 3 kilomètres.

Enfin, la tornade des Pennes-Mirabeau s'inscrit dans un outbreak de tornades (épisode de tornades groupées) qui totalise 4 cas pour la journée du 14 octobre 2012, dont celui de Saint-Hilaire-le-Vouhis (Vendée), de Ligré (Indre-et-Loire) et de la Croix-Valmer (Var).
 

Principales caractéristiques de la tornade

* intensité maximale : EF1, soit des vents estimés de 135 km/h à 175 km/h
* distance parcourue : 4,0 kilomètres
* largeur moyenne : 150 mètres

* communes traversées : SEPTÈMES-LES-VALLONS (triangle de Septèmes, Castors Isabella), LES PENNES-MIRABEAU (le Collet Rouge, le Plan de Campagne), CABRIÈS (le Plan de Campagne, D543)
* département : BOUCHES-DU-RHÔNE (13)
* altitude moyenne du terrain : 240 mètres
* type de terrain : tissu urbain discontinu ; zones industrielles et commerciales ; systèmes culturaux et parcellaires complexes ; surfaces essentiellement agricoles, interrompues par des espaces naturels importants ; forêts de conifères

* principaux dégâts : arbres feuillus ou conifères déracinés ou brisés net, toitures endommagées sur des habitations, poteaux électriques (basse tension) brisés, dommages faibles à modérés sur plusieurs toitures de magasins, projections de débris légers à moyenne distance (tôles, branches d'arbres), véhicules automobiles déplacés et un grand nombre endommagés par des projectiles de faibles dimensions, une camionnette traînée à faible distance et renversée, charriots traînés par le vent et propulsés sur des véhicules

NB : l'intensité des tornades est déterminée sur l'échelle EF augmentée. Cette version de l'échelle EF, mise en place par KERAUNOS depuis 2009, ajoute aux critères américains une série de spécificités propres à l'habitat européen.
 

Parcours de la tornade

 
© Keraunos (fond de carte : Géoportail)

Analyse de la trajectoire parcourue

La trajectoire de la tornade a pu être déterminée grâce à une enquête de terrain effectuée par KERAUNOS, et suite à l'analyse d'une vidéo. Au total, le phénomène a parcouru 4 kilomètres entre le triangle de Septèmes et la D543 en direction de Cabriès. D'après les informations recueillies, il semble que la tornade ait connu une première phase de dissipation à environ 1,5 kilomètre de son point de départ. Dans un second temps, la tornade se restructure et provoque des dégâts matériels à l'approche de la zone commerciale du Plan de Campagne. Cette situation perdure jusqu'à sa seconde et ultime phase de dissipation, légèrement en amont de la route départementale n°543. La nature accidentée du terrain, sur la première partie de sa trajectoire, peut être à l'origine de ce comportement aléatoire.  

Le premier point d'impact connu à ce jour a été défini grâce à une vidéo prise depuis l'hôpital Nord de Marseille, situé à 2,6 kilomètres au Sud-Sud-Est du phénomène. La carte de synthèse ci-dessous présente au point A le lieu de prise de vue de la vidéo (hôpital nord), au point B le lieu approximatif où la tornade est filmée pour la première fois, au point C la première zone d'impact visible à partir de la vidéo (décharge électrique sur un pylône à haute tension), au point D la fin de la vidéo où la tornade semble présenter une première phase de dissipation, au point E la cité de la Gavotte, située dans l'axe de la prise de vue, entre l'hôpital et le triangle de Septèmes: 

© Keraunos (fond de carte : Géoportail)
 
L'extrait ci-dessous reprend les trois séquences de la vidéo qui correspondent respectivement aux points B, C et D de la carte de synthèse précédente:
 
                                      
 

Analyse de la structure de la tornade

La tornade a présenté une morphologie évolutive durant son parcours. Dans un premier temps, le phénomène est constitué d'un vortex unique aux contours bien définis, et ce jusqu'à sa première phase de dissipation. A l'approche du Plan de Campagne, la tornade se restructure et développe brièvement plusieurs mosocyclones (tornade à tendance multi-vortex), avant d'adopter une structure à nouveau plus uniforme et organisée autour d'un vortex principal unique en abordant la zone commerciale: 

 La tornade lors de sa phase de restructuration à l'approche du Plan de Campagne:
 
Un zoom effectué sur la tornade au même instant permet de mieux observer les multiples vortex:

Photographies des dégâts

Une enquête de terrain menée par Keraunos permet de reconstituer la trajectoire du phénomène, entre le moment où la tornade se restructure à l'approche du Plan de Campagne, et son ultime phase de dissipation. La zone parcourue, qui mesure 2,5 kilomètres, s'ajoute à la première partie de la trajectoire qui représentait déjà 1,5 kilomètre.

La carte ci-dessous synthétise les dégâts répertoriés sur l'ensemble de la trajectoire. La première phase de dissipation est marquée par une absence de dégâts:


© Keraunos (fond de carte : Géoportail)

Le point 1 correspond à l'impact sur le pylône électrique, et le point 2 aux dégâts observés sur la résidence Castors-Isabella et près du chemin du Pigeonnier. Les points 3 à 7 sont ensuite repris en détail ci-dessous:  
 

3- Dégâts au Collet Rouge, lieu du deuxième point d'impact

Les premiers arbres, cassés nets, sont observés en lisière d'un champ au sud du Collet Rouge :
 
© DUMAS-FERRE / KERAUNOS / Observatoire Français des Tornades et des Orages Violents

L'habitation de M. DESLEAU a été durement touchée par la tornade. L'enquête a montré qu'une grande partie de la toiture du magasin BOULANGER a été aspirée vers cette habitation, en suivant un net mouvement cyclonique :
 
© DUMAS-FERRE / KERAUNOS / Observatoire Français des Tornades et des Orages Violents

 
© DUMAS-FERRE / KERAUNOS / Observatoire Français des Tornades et des Orages Violents

 
© DUMAS-FERRE / KERAUNOS / Observatoire Français des Tornades et des Orages Violents
 
En contrebas de la maison, un mur de clôture s'est effondré sur un véhicule, évitant de justesse de blesser la passagère :
 
© DUMAS-FERRE / KERAUNOS / Observatoire Français des Tornades et des Orages Violents


4- Dommages observés entre Castorama, Joué-Club et Géant Casino

Au niveau de la descente vers la zone commerciale du Plan de Campagne des abris de chariots de supermarchés sont pliés, des chariots ont été transportés, un arbre non résineux de 60 cm de diamètre a été déraciné. Les enseignes et les panneaux publicitaires ont été pliés en partie ou totalement.
 
© DUMAS-FERRE / KERAUNOS / Observatoire Français des Tornades et des Orages Violents

 
© DUMAS-FERRE / KERAUNOS / Observatoire Français des Tornades et des Orages Violents

 
5- Dommages sur la seconde partie de la zone commerciale, entre Leroy-Merlin, Gifi, Mondovélo et Hygéna

Les façades en béton armé des magasins MONDOVELO et HYGENA ne présentent pas d'attache ferme au reste de la structure et se sont ainsi effondrées en partie sous l'effet du vent :
 
© DUMAS-FERRE / KERAUNOS / Observatoire Français des Tornades et des Orages Violents

 
6- Dommages à la végétation sur un petit bois le long de la route d'Apt

Un bois de quelques hectares, composé de garrigues, de résineux et de non-résineux a été partiellement endommagé, surtout en lisière de la route d'Apt. En entrant davantage dans le bois, les dégâts commencent à être plus restreints.
© DUMAS-FERRE / KERAUNOS / Observatoire Français des Tornades et des Orages Violents

© DUMAS-FERRE / KERAUNOS / Observatoire Français des Tornades et des Orages Violents
 

7- Dernière trace de la tornade

Un arbre de dimension modeste a vu ses branches arrachées par la tornade. Ce seront les dernières traces de dommages visibles sur le parcours du phénomène tourbillonnaire.

Caravane traînée et légèrement soulevée sur quelques mètres :
© DUMAS-FERRE / KERAUNOS / Observatoire Français des Tornades et des Orages Violents
 
   

Contexte météorologique

Cette tornade s'est formée au sein de développements orageux préfrontaux, qui ont évolué durant l'après-midi et la soirée du dimanche 14 octobre entre les départements du Bouches-du-Rhône, du Var et des Alpes-Maritimes. La cellule qui a donné naissance à la tornade des Pennes-Mirabeau s'est structurée en mer, au large sud-ouest de Marseille, peu après 15h locales. Elle a ensuite rapidement balayé la rade de Marseille, avant de gagner Les Pennes-Mirabeau puis de se dissiper à l'est d'Aix-en-Provence vers 16h locales.
 
 
 
 
 
 

La cellule orageuse en question a évolué dans un flux rapide et cyclonique, à l'avant d'un thalweg d'altitude très dynamique qui circulait au même moment sur la moitié nord de la France (cf. ci-contre en haut). Dans les basses couches, on note en début d'après-midi une rapide et forte humidification sur l'ensemble des zones littorales qui s'étirent des Bouches-du-Rhône au Var. Ainsi par exemple, la station de l'aéroport de Marseille voit son point de rosée s'élever de 6°C à 10h locales jusqu'à 17°C à 16h locales. Cette hausse, liée à la rotation du vent au secteur sud-est, est particulièrement forte entre 14h et 16h locales (+3°C/h). Il s'ensuit une forte instabilisation des profils verticaux, laquelle avait pu être anticipée avec précision grâce aux modélisations à haute résolution du modèle WRF, et qui avaient justifié l'émission sur cette zone d'un risque convectif de niveau 2/4 dans le bulletin quotidien de prévision des orages, avec probabilité de tornade estimée à 10% (dans un rayon de 40 km autour d'un point). En effet, outre une forte instabilisation, les profils atmosphériques étaient marqués durant l'après-midi par une forte hélicité, induisant de ce fait une configuration propice aux phénomènes tourbillonnaires.

Un profil vertical a été reconstitué pour la région de Marseille à l'heure de la tornade (cf. ci-contre en bas). Il présente des caractéristiques propices à des développements orageux virulents, et notamment :
* MULI : -6,5 K
* MUCAPE : 2.036 J/kg
* SRH 0-1 km : 134 m²/s²
* niveau de convection libre : 280 mètres, avec niveau d'équilibre à 10.550 m