Le 23 juillet 2010, à 18h15 locales, une tornade de très faible intensité (EF0), touche brièvement le sol à Bannoncourt, dans la Meuse. Le phénomène est confirmé par divers témoignages.

Principales caractéristiques de la tornade

intensité maximale : EF0, soit des vents estimés de 105 km/h à 135 km/h
distance parcourue : 500 mètres
largeur moyenne : 30 mètres

commune traversée: BANNONCOURT

département : MEUSE (55)
altitude moyenne du terrain : 224 mètres
type de terrain : terres arables hors périmètres d'irrigation, prairies

principaux dégâts :  tôles soulevées sur un hangar, toitures endommagées avec chute de tuiles (<20%), grosses branches cassées sur des feuillus, mobilier de jardin déplacé ou retourné

NB : l'intensité des tornades est déterminée sur l'échelle EF augmentée. Cette version de l'échelle EF, mise en place par KERAUNOS depuis 2009, ajoute aux critères américains une série de spécificités propres à l'habitat européen.

Parcours de la tornade

 

© Keraunos (fond de carte : Géoportail)

Un contact au sol très bref

C'est un tuba bien développé, et intercepté par plusieurs observateurs du secteur, qui est à l'origine d'une tornade de très faible intensité (EF0) qui a survolé le sud du territoire de Bannoncourt, le long d'un coteau de la vallée de la Meuse. Fabrice Gillant, contacté par plusieurs témoins, a pu effectuer une enquête de terrain qui a permis de définir une trajectoire très brève de 500 mètres au Sud-Ouest du village.

Voici un extrait repris en substance par l'un des habitants de la Haie-Bulaine:

"A un moment, j’étais avec mon père sur le perron. On allait chercher quelque chose et d’un seul coup j’ai vu la végétation et les arbres autour de notre maison s’agiter fortement. Et puis on regardait et l’orage arrivait autrement déjà. Vous savez j’avais vu quelqu'un avant qui m’a dit « ça va chahuter parce que les orages remontent contre le vent : le vent soufflait du sud et l’orage venait du nord. Ca va chatouiller ». Et puis on regardait les arbres. Ils étaient presque par terre. Il faut voir comment ça bougeait. Et d’un seul coup le bâtiment là-haut, le toit en fibro, a éclaté et est monté en l’air. Tout a volé en l’air. Il y a 45 plaques de fibro sur le bâtiment ; pas une n’est retombée à l’intérieur. C’était vers 18h15. Il n’y a pas eu une goutte d’eau. Les fibros montaient et puis ensuite ça a avancé et puis on regardait et ça arrivait sur notre maison. D’ailleurs on voit le champ de colza : il est aplati. On voit un couloir, le champ de colza est écrasé. Et puis là il y a 200 tuiles de la maison qui se sont envolées.

Mon père a eu dix mètres d’un arêtier d’un toit d’ardoises tout neuf arraché ; tu te demandes comment c’est arraché ! Il faut prendre un pied de biche pour arracher ça. Ici, la tuile, c’est de la GR13, de la tuile provençale qui est quand même prévue pour résister. Tout est clouté. Les deux voisins n’ont rien eu. C'est parti chez mon père. Là il y a une cabane qui s’est envolée. Un petit fibro, un petit bâtiment de 10 m². C’est ensuite parti sur le village. Le toit d’un garage a failli s’envoler."

Les principaux dégâts sont représentés par les illustrations ci-après :

Tôles soulevées sur un hangar :

© F. GILLANT
 
                   Tuiles jetées au sol :                                                             Mobilier de jardin déplacé ou retourné :

© F. GILLANT
 
                     Végétation couchée dans un champ (autre cause probable) :                                               Branches cassées :                                                     

© F. GILLANT

Cartes d'analyse météorologique

 
 
 
 

Prévision du phénomène (bulletin KERAUNOS du 23 juillet à 06hTU)

La journée avait été identifiée par l'Observatoire comme présentant un risque de formation de tornade sur le nord-est de la France. Le bulletin de prévision du 23 juillet, émis sur le site de l'Observatoire à 08h du matin et valable pour la journée du 23 juillet et la nuit suivante, le mentionnait explicitement :

Un axe de thalweg d'altitude balaiera la France d'ouest en est ce vendredi, l'air le plus froid circulant du sud Bretagne à l'Alsace (goutte froide pointée à -20°C à 500 hPa). Dans ce contexte fortement cyclonique et instable, la convection n'aura aucune peine à s'enclencher et à évoluer ponctuellement jusqu'à l'orage. Ces orages resteront rares du Centre-Ouest jusqu'aux Alpes. En revanche, affectés par la dynamique synoptique la plus marquée (forte divergence à l'avant de l'axe du thalweg) et dotés de l'instabilité potentielle la plus forte (SBCAPE > 900 J/kg et SBLI de -3 à -5°K), les départements qui s'étirent du Nord - Pas de Calais / Picardie / Ile-de-France jusqu'à la Lorraine et aux Vosges, seront exposés, durant l'après-midi notamment, à des orages parfois modérés, accompagnés de fortes averses mêlées localement de petits grêlons, ainsi que de rafales de vent pouvant dépasser 60 km/h. Un faible phénomène tourbillonnaire isolé ne peut être exclu à proximité des frontières du nord-est. Les averses et orages s'estomperont graduellement par l'ouest en seconde partie d'après-midi pour ne plus concerner en fin de soirée et début de nuit que les zones frontalières avec l'Allemagne.