Un épisode méditerranéen durable a frappé l'ouest du Languedoc, le Roussillon et l'est de Midi-Pyrénées entre le 10 et le 12 octobre 2010. Les lames d'eau relevées sont remarquables sur les Corbières et exceptionnelles sur l'Ariège.
Cet épisode ne s'est pas caractérisé par une activité orageuse significative. Seuls quelques impacts ont été enregistrés sur l'Aude et les Pyrénées-Orientales en début de journée du dimanche 10 octobre et au matin du lundi 11 octobre. De fait, aucune intensité horaire ou tri-horaire extrême n'a été observée, ce qui a contribué à limiter les crues.
La configuration météorologique est marquée dès samedi soir par l'isolement d'un thalweg d'altitude dynamique en cut-off sur l'Espagne. Le flux, d'abord orienté au sud, pivote à l'est en cours de journée du dimanche 10 avec le creusement d'une dépression au nord des Baléares. Un vigoureux jet de basse couche, orienté plein est, chargé d'humidité et particulièrement persistant, pointe vers l'Aude et les Pyrénées-Orientales durant plus de 48h. Une convergence des vents marquée (les vents d'ouest entrant sur Midi-Pyrénées) se constitue alors sur les Corbières.
La masse d'air, bien que douce et humide, n'est pas dotée d'une instabilité suffisante (quelques centaines de J/kg de CAPE) pour autoriser la formation d'orages extrêmement pluvieux. Pour preuve, aucune lame d'eau horaire supérieure à 35 mm n'a été enregistrée.
C'est donc réellement la durée de l'épisode qui lui confère un caractère remarquable.


- lames d'eau observées du 10 au 12 octobre 2010 en 48h glissantes :

Il convient de préciser que les précipitations sont tombées à cheval sur deux journées climatologiques, mais les cumuls ci-dessous se sont généralement produits sur 24, 36 ou 48h glissantes. Trois lames d'eau atteignent le niveau R3 sur l'échelle R exploitée par l'Observatoire. 68 lames atteignent le niveau R2.

+ dans l'Aude, les lames d'eau excèdent les 300 mm dans les Corbières et les Fenouillèdes. Ainsi, la station de Villeneuve les Corbières* relève 315 mm, celle de Durban 253 mm et celle de Massac en Hautes Corbières 292 mm. Aux portes des Fenouillèdes, à Puilaurens*, le cumul s'élève à 319 mm ; cette valeur étant la plus élevée tous postes confondus.
A Tuchan*, la lame d'eau atteint 255 mm. Dans la région de Caracassonne (dont la station relève 123 mm), il est tombé 160 mm à Trèbes* et 238 mm à la station Météo-France de Mouthoumet. Ce sont les zones proches du Tarn et le pays de Sault qui ont été les moins touchées par les fortes précipitations.
+ dans les Pyrénées-Orientales, la station de Perpignan/Rivesaltes récolte 167 mm tandis que dans les Fenouillèdes, il tombe 224 mm à Planèzes*. En bord de mer, la station d'Argelès-sur-mer* voit son cumul se chiffrer à 193 mm. Au Cap Béar, il tombe 145 mm. Sur le relief (en Vallespir notamment), l'amont du Tech a été copieusement arrosé en matinée de dimanche, puis à nouveau dans la nuit de dimanche à lundi et lundi matin. Il est relevé 243 mm au Perthus et 272 mm à Saint Laurent de Cerdans.
+ en Ariège, département de Midi-Pyrénées le plus concerné, des lames d'eau exceptionnelles, de période de retour supérieures à 50 ans ont été enregistrées. C'est surtout le bassin de l'Hers qui a été le plus affecté, puis celui de l'Ariège. Ainsi, Météo-France relève 203 mm à Lavelanet en 24h glissantes*, 143 mm à Mirepoix* et 128 mm à Bélesta*. A l'opposé, à l'ouest du département, Saint-Girons récolte seulement 49 mm. Sur les Pyrénées Ariégeoises, surtout balayées par les fortes pluies en matinée de dimanche, les cumuls oscillent entre 40 et 70 mm.
+ dans le Tarn, c'est surtout le bassin du Thoré qui a essuyé de fortes précipitations. D'un point à l'autre du département, les lames d'eau sont très hétérogènes. La station de Labastide Rouairoux* récolte par exemple 202 mm alors que les cumuls ne dépassent pas 16 mm à Vabre et 30 mm à Brassac.
+ dans l'Hérault, ce sont le Minervois et le biterrois qui ont été les plus touchés par les fortes pluies. Météo-France relève 167 mm à Saint-Jean-Minervois. La station de Castanet-le-Haut* relève 196 mm, celle de Courniou*, 175mm. En allant vers l'est du département, les cumuls sont moindres puisque la station de Montpellier, installée à Fréjorgues, récolte seulement 32 mm.
+ en Haute-Garonne, les crêtes pyrénéennes ont surtout été touchées dans la nuit du samedi 10 au dimanche 11, tandis que la plaine, du Lauragais au Toulousain et au Frontonais a été surtout affectée par les précipitations venues de l'Aude. Les cumuls sur le département sont compris entre 40 et 80 mm avec 50 mm à Saint-Gaudens et 74 mm relevés par Météo-France à Saint-Félix-Lauragais et 77 mm à Lherm.
+ en Corse, les cumuls ont été plus faibles que prévu. Il est tombé 71 mm au Cap-Pertusato, 45 mm à Conca et 40 mm à Figari et Solenzara.

* pluviomètres hydroreel

- réactions hydrologiques :
L’épisode pluvieux qui a sévi n’a pas généré de réactions exceptionnelles des cours d’eau principaux, mais parfois de bonnes crues. D’un point de vue plus général, on remarque que l’efficacité de précipitations dans la genèse des crues est optimale sur les reliefs. Il est particulièrement difficile de générer une crue majeure uniquement par des cumuls importants sur les plaines. Il aurait fallu que les intensités soient bien plus élevées, ce qui n’a heureusement pas été le cas sur cet épisode.

Les principales réactions ont été observées :

+ sur l'Agly, avec presque 1300 mètres cube par seconde, l’Agly a égalé sa crue de 1992. La mobilisation de son affluent le Verdouble et les cumuls importants sur les premiers reliefs sont à l’origine de cette réaction, plus marquée que pour les autres cours d’eau. C’est donc bien la persistance des pluies sur les premiers reliefs qui a permis à la crue de se montrer plus sensible. Les pluies sur les plaines ont permis de limiter l’amortissement.

+ sur l'Orbieu, l’affluent de l’Aude a connu une crue modérée, il a presque égalé à mi-bassin sa crue de 2006. Il a connu de forts cumuls, assez bien répartis dans le temps, ce qui a permis des hausses assez douces.

+ sur l'Aude, le manque de précipitations sur le flanc ouest du cours d’eau a tempéré l’importance de la crue. Il n’y a que le flanc est qui ait été bien arrosé au niveau des amonts. De surcroit, les cumuls bien étalés dans le temps ont permis un amortissement non négligeable de l’onde de crue dès les premières plaines.

+ sur le Tech, les premières réactions de dimanche laissaient augurer de plus grosses crues mais la reprise de précipitations marquées seulement lundi matin n’a pas permis une ré-hausse significative, les excédents étant déjà écoulés. La station du Boulou a tout de même réussi à frôler le seuil de la crue de référence de 1999 ce qui est assez important au regard des cumuls.

+ sur l'Hers vif, la côte est montée de près de 1,30 m à Mirepoix. Les débits du cours d'eau étaient particulièrement faibles avant cet épisode. Seuls les deux tiers de la partie aval du bassin ont été très arrosés (plus de 200 mm à Lavelanet, bassin du Touyre). Là encore, les précipitations plus limitées sur la tête du bassin, ainsi que les débits initiaux très bas ont permis d'éviter une crue significative du cours d'eau.

+ sur le Salat, la côte maximale enregistrée est restée éloignée d'une cinquantaine de centimètre de la crue de référence d'avril 2004, moment où les premiers débordements localisés sont constatés. Contrairement à l'Ariège, l'ensemble du bassin a été arrosé de manière assez uniforme, mais sans excès notable. La crue générée est ainsi restée faible et tout à fait classique.

+ sur l'Ariège, seul l'amont du bassin, là ou la pente devient moins forte a été copieusement arrosée. La crue reste de fait limitée et faible, avec une côte maximale de 0,82 m à Foix. En aval, une hausse de près de 1,50 m a été enregistrée à Auterive. L'Ariège a en effet récupérée les eaux de l'Hers Vif, dont l'aval du bassin a été très arrosé.

+ sur le Thoré, l’amont a réagi aux forts cumuls de façon assez forte puisqu’on a approché atteindre la côte de la crue de 2004 à Sauveterre. Mais quelques kilomètres plus bas, l’amortissement s’est fait sentir et la faiblesse des cumuls a réduit cette crue à l’état de hausse banale du cours d’eau.


- cartographie :

La carte ci-dessous présente les cumuls enregistrés au cours de cet épisode :