Un épisode pluvio-orageux exceptionnel a concerné le sud-est du pays le 15 juin 2010.

 
 
La commune des Arcs durement touchée (photographie AFP/Gérard JULIEN)
La commune des Arcs durement touchée (photographie AFP/Gérard JULIEN)
 
 
L'épisode diluvien qui s'est abattu sur le Var le 15 juin 2010 a marqué l'histoire climatologique de ce département. Exceptionnellement intense, il a pris une ampleur catastrophique et causé la mort de 26 personnes.
 
Un premier forçage d'altitude s'est présenté dans la nuit du 14 au 15 juin et a généré des averses orageuses relativement classiques sur la Provence. En matinée, un deuxième forçage se présente et entre en phase avec une advection chaude de basse couche. Des lames d'eau remarquables sont observées sous un MCS linéaire qui affecte principalement l'est des Bouches-du-Rhône et le Var.
En soirée, un troisième forçage se met en phase avec une forte convergence humide dans les basses couches de l'atmosphère et vient réactiver les fortes précipitations convectives sur les départements méditerranéens.
 
Des lames d'eau exceptionnelles de 400 mm sont localement relevées sur le Var sur l'ensemble de l'épisode.
 
 

Lames d'eau observées en 48 heures

+ sur le Var, les cumuls observés sont exceptionnels. Aux Arcs, une lame d'eau diluvienne de 400 mm a été relevée dont 309 mm en 12h de temps. Au Luc en Provence, où il a été relevé 243 mm en 12h, l'ancien record 24h de 144 mm (en août 1983) est donc pulvérisé. A Hyères, 201 mm ont été enregistrés par le pluviomètre de la station, provoquant de sérieuses inondations. Enfin, une lame d'eau de 307 mm a été observée à Canjuers.

+ sur les Bouches-du-Rhône, les cumuls sont moindres, variant de 50 à 120 mm sur les secteurs les plus touchés, avec 115 mm à Simiane-Collongue et 108 mm à Aix en Provence.

+ sur le Vaucluse, les cumuls flirtent localement avec les 100 mm, mais restent globalement plus modérés, avec 77 mm à St Christol par exemple.

+ sur le Gard, les lames d'eau les plus élevées se sont abattues dans la région de Vauvert, avec plus de 60 mm.

+ sur les Alpes Maritimes, l'épisode a été bien moins conséquent. Seules les zones proches des Alpes de Haute Provence ont recueilli des lames d'eau importantes (80 mm localement).

+ sur les Alpes du Sud, les lames d'eau culminent à 110 mm à Forcalquier ou à La Mure (04) et 114 mm à Laragne (05) par exemple.

+ sur la Drôme, le Diois et les Baronnies ont été les zones les plus touchées, avec 100 mm à Glandage, 94 mm à Lus la Croix Haute ou 67 mm à St Roman Diois.

 

 

 

Animation radar

     Animation radar de l'épisode réalisée par les pompiers du SDIS du Var (source : meteo60)

 

 

Réactions hydrologiques

+ Le Var est traversé par de nombreux cours d'eau, dont beaucoup sont des fleuves côtiers dont les mesures de débits disposent de peu de recul historique. Certains de ces cours d'eau demeurent en effet peu connus en terme d'historique hydrologique comme l'Argens par exemple. Globalement, l'ensemble du réseau hydrologique du département a été soumis à de fortes précipitations. La partie est du département a davantage été concernée. Ainsi, le Gapeau, prenant sa source sur le Massif de la Saint Baume, n'a connu une crue que dans sa partie aval (à Hyères). La Nartuby, affluent de l'Argens, traversant Draguignan, a connu une crue historique, jamais vue depuis 1827 selon les locaux. Le Réal, ruisseau traversant les Arcs (où 400 mm ont été relevés pour rappel) a généré une coulée de boue absolument exceptionnelle, emportant tout sur son passage.


+ Le Buëch à Serres (Hautes Alpes), la Durance amont et l'Huveaune à Aubagne ont connu des réactions plus ou moins fortes. Le Buëch s'est dangereusement approché de sa crue présumée décenale en fin de journée, alimentant les débits de la Durance, dont le bassin a été soumis à d'intenses précipitations. La Durance, sur la station de Salignes, a atteint un débit de 800 m3/s, ce qui correspond à une crue relativement classique.

 

Photographies des dégâts

 
Inondations dans le centre de Draguignan (photographie AFP)Inondations dans le centre de Draguignan (photographie AFP)
 
 
Inondations dans la région de St-Tropez (photographie Christophe FERRE)Inondations dans la région de St-Tropez (photographie Christophe FERRE)
 
 
La commune des Arcs durement touchée (photographie AFP/Gérard JULIEN)La commune des Arcs durement touchée (photographie AFP/Gérard JULIEN)
 
 
Dégâts majeurs sur Draguignan (photographie AFP)Dégâts majeurs sur Draguignan (photographie AFP)
 
 
 

Contexte météorologique

Un profond thalweg d'altitude s'étire dès le 14 juin de l'Angleterre à l'Algérie. Il est piloté par un minimum positionné à proximité de Bordeaux, qui migre ensuite le mardi 15 juin sur le nord de l'Espagne.

L'épisode se compose pour l'essentiel de trois vagues pluvio-orageuses successives, chacun d'entre elles étant déterminée par de fortes advections de tourbillon dans le flux. Le premier forçage se présente dans la nuit de lundi à mardi et affecte la Corse. Associé à un noyau d'anomalie basse de tropopause dynamique, il est en phase avec une advection de thêta élevées en basses couches. Dès lors, de fortes pluies accompagnées d'orages balaient l'île en première partie de nuit.

Le 15 juin, dès le matin, un second forçage d'altitude affecte l'arc méditerranéen et plus particulièrement le Var, tandis qu'un creusement dépressionnaire de surface entre Baléares et Corse induit progressivement une rotation du vent au sud-est et conséquemment une accentuation des advections chaudes et humides de basses couches sur le littoral méditerranéen. Dès lors, des pluies convectives persistantes se déclenchent sur ces régions, sous la forme notamment d'un système convectif de mésoéchelle linéaire, qui produit des lames d'eau remarquables sur l'intérieur du Var.

Enfin, mardi soir, un vigoureux axe de thalweg secondaire se rabat sur les mêmes régions par le sud. Particulièrement dynamique et en phase avec une forte convergence humide dans les basses couches, il induit la formation d'orages très pluvieux du Var jusqu'aux Cévennes.

Ci-dessous sont présentés quelques champs du modèle WRF 8 km, dans le run de 00Z, et valables pour le 15 juin à 17h TU. Le champ de MUCAPE témoigne clairement du caractère instable de la masse d'air, avec des valeurs de MUCAPE supérieures à 1000 J/kg (jaune orangé) de la Corse jusqu'à la vallée du Rhône. Une forte dynamique s'applique sur cette masse d'air instable, comme le montre le champ de tourbillon à 500 hPa. On y reconnaît un flux fortement cyclonique, avec des advections de fort tourbillon sur le littoral du Var et des Alpes-Maritimes notamment. Cette puissante dynamique est présente jusqu'à l'étage supérieur, comme le montre par exemple le champ de divergence à 300 hPa. Les noyaux de forte divergence (rouge foncé) circulent clairement sur un axe Corse - Var.

Le déclenchement des orages et leur réalimentation est facilité dans un contexte si dynamique, et la production de précipitations très abondantes devient inévitable compte tenu du fort contenu en eau précipitable de la masse d'air. Ce paramètre est présenté sur le quatrième champ et met en évidence des contenus en eau précipitable très élevés (> 43 mm) sur le littoral du Var tout particulièrement.

 

  

Champs de MUCAPE & MULI (à gauche) et TABS 500 HPA (à droite)
WRF 8km - KERAUNOS 15 juin 2010 17Z - run du 15.06.2010 00Z

 

  

Champs de Divergence 300 HPA (à gauche) et Eau précipitable (à droite)
WRF 8km - KERAUNOS 15 juin 2010 17Z - run du 15.06.2010 00Z

 

 

Coupures de presse

Des scènes d'apocalypse
source : Var Matin

«On n'avait jamais vu ça ». Difficile de trouver les mots, hier, pour expliquer le paysage apocalyptique laissé par les fortes précipitations qui se sont abattues depuis le matin sur le département. Pire, les pluies torrentielles ont été meurtrières. Sept personnes - trois à Draguignan, une au Muy, une aux Arcs, une au Luc et une à Roquebrune - ont péri, très certainement surprises par la soudaine montée des eaux boueuses.

Des villes coupées du monde

Aéroport fermé. Routes du haut Var totalement impraticables. Collégiens bloqués dans leur établissement scolaire à Draguignan. Véhicules abandonnés. Foyers privés d'électricité. Centre d'hébergement ouvert au Muy pour accueillir les sinistrés... Sur un arc s'étendant de Hyères à Draguignan, les intempéries ont causé des dégâts considérables. Inchiffrables.

Habitués aux situations d'urgence, les centaines de sapeurs-pompiers dépêchés sur le terrain évoquaient une situation de crise. De guerre même. Il était d'ailleurs de plus en plus difficile, à la nuit tombée, de pouvoir intervenir auprès de toutes les victimes. Hier soir, de nombreuses communes de la région dracénoise étaient toujours coupées du monde. Sans eau. Sans téléphone ni électricité. Uniquement accessible par la voie des airs.

Ce matin, le réveil risque d'être difficile. Les opérations d'évacuation et de déblaiement commenceront alors pour retrouver une vie presque normale après cet incroyable déluge.

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Au moins 7 morts mardi dans le Var
source : Var Matin

Au moins sept personnes sont mortes dans des inondations provoquées par des précipitations "jamais vues depuis 10 ans" dans le Var mardi après-midi.
Une personne a été retrouvée morte au Luc, dans un ruisseau. Le cadavre de deux autres personnes ont été retrouvés dans les rues de Draguignan. Mardi, peu avant minuit, quatre autres décès étaient annoncés par la préfecture qui mentionnait également une personne disparue.

Depuis le début des intempéries, dans la nuit de lundi à mardi, il est tombé de 40 à 80 mm d'eau, avec des niveaux pouvant atteindre 100 à 150 mm sur un axe allant d'Hyères à Entrecasteaux, et jusqu'à 264 mm à Lorgues, a souligné la préfecture dans un communiqué.

Le préfet du Var Hugues Parant a appelé les Varois "à éviter de sortir ce soir" et les non-Varois "à éviter d'y venir".

« On n'avait jamais vu ça depuis dix ans. 180 millimètres d'eau sont tombés en 12 heures sur Hyères et on prévoit une quantité équivalente dans les heures qui viennent », avait déclaré sur France Bleu Provence.

Une cellule de crise a été ouverte à la préfecture, avec les services de gendarmerie, police, pompiers. Les services de secours varois ont effectué depuis la matinée quelque 600 interventions.

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Intempéries dans le Var
source : 20minutes
Trois personnes sont mortes mardi dans le Var, à la suite de pluies torrentielles exceptionnelles pour la saison qui ont inondé plusieurs communes dont Draguignan, envahi par des torrents d'eau boueuse. Alors que les secouristes du Var s'activaient, des habitants et enfants étaient bloqués hors de chez eux: sur des toits de magasins à Draguignan, dans des immeubles où ils ont trouvé refuge, ou dans les écoles.

«Nous sommes partis à la nage jusqu'à un immeuble»

Au Luc, le corps d'une femme continuait de flotter vers 21h30 dans le cours d'eau qui traverse la commune, le courant étant trop fort pour permettre une intervention, a-t-on appris auprès des gendarmes. A Draguignan, où les habitants ont été surpris par la rapidité avec laquelle l'eau est montée, deux personnes sont mortes, a annoncé la préfecture du Var.

«Il y a tellement de courant et d'eau que nous n'avons pas de visibilité, a déclaré à l'AFP le sous-préfet de Draguignan, Corinne Orzechowski. C'est arrivé au pire moment, quand les gens sortaient de leur travail.» «Le nord et le centre de Draguignan sont sous les eaux. Ce sont des mètres d'eau. Cela va de l'hôpital au centre de détention», a-t-elle ajouté.

Les communes proches de Draguignan - Lorgues, Vidauban, Le Muy, Le Cannet... - «sont extrêmement touchées», a ajouté Corinne Orzechowski. Elle a précisé que seuls les bateaux et hélicoptères étaient en mesure d'intervenir et que l'école d'artillerie avait été ouverte pour accueillir les naufragés et un PC sécurité.

«En quelques minutes l'eau est montée de 50 puis 60 cm. Et nous en sommes à 2 m», a constaté un correspondant de l'AFP, qui s'est retrouvé pris au piège des eaux à Draguignan et a dû se réfugier, avec d'autres passants et automobilistes, dans la cage d'escalier d'un immeuble dont le bas est noyé sous les eaux.

Aurélie Chasselin, jeune mère qui s'apprêtait à aller chercher sa fillette de deux ans après le travail, a raconté s'être trouvée bloquée dans sa voiture. «Je ne pouvais pas sortir. Deux pompiers m'ont extraite de la voiture et nous sommes partis à la nage jusqu'à cet immeuble», a-t-elle témoigné.

125.000 foyers privés d'électricité

Depuis le début des intempéries, dans la nuit de lundi à mardi, il est tombé en moyenne dans le Var de 40 à 80 mm d'eau, de 100 à 150 mm sur un axe allant d'Hyères à Entrecasteaux, et jusqu'à 264 mm à Lorgues, a dit la préfecture. Le préfet Hugues Parant a appelé les Varois «à éviter de sortir ce soir» et les non-Varois «à éviter» ce département, où les routes secondaires sont impraticables. «On n'avait jamais vu ça depuis dix ans. 180 millimètres d'eau sont tombés en 12 heures sur Hyères», a-t-il ajouté.

Les services de secours varois ont effectué depuis la matinée quelque 600 interventions. Le préfet de région Michel Sappin a annoncé la mobilisation de 400 hommes, venus des départements voisins, et huit hélicoptères pour venir en renfort des secouristes varois. Selon la préfecture, 125.000 foyers varois sont privés d'électricité.

De fortes précipitations sont encore attendues dans les heures qui viennent dans ce département et sur les Bouches-du-Rhône, selon Météo-France qui a placé la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, la Corse et la Drôme en alerte orange jusqu'à mercredi 4h.

Conséquence de ces pluies torrentielles, qui ont inondé des voies de la SNCF au niveau de Carnoules (Var), la circulation ferroviaire est totalement interrompue entre Nice et Toulon jusqu’à mercredi matin, selon un porte-parole de la SNCF. Trois cent voyageurs, dont le TGV Nice-Lille a été pris par les eaux, sont bloqués en gare de Luc. «On cherche des solutions pour les rapatrier», a-t-il confié. L'aéroport de Hyères-Toulon, inondé, a été fermé mardi.

 

 

A lire : une étude détaillée sur la prévision de l'événement

 

 

L'épisode pluvio-orageux du 15 juin 2010 sur le Var
Retour d’expérience sur la prévision météorologique et hydrologique d’un épisode diluvien exceptionnel

auteurs
: Guillaume ARTIGUE, David DUMAS, Christophe MERTZ, Emmanuel WESOLEK (Keraunos)
date : juin 2010

Après un résumé des grandes lignes de la situation météorologique associée à cet épisode, le bilan retrace les différentes étapes de sa prévision telle qu’elle a été réalisée par Keraunos, depuis le bulletin émis la veille jusqu’au suivi en temps réel et l’émission des Avis d’Orage Violent. Il en ressort que, si les grandes lignes de l’épisode ont bien été anticipées, la plus-value de la prévision immédiate est capitale lorsque la situation météorologique prend un caractère exceptionnel, notamment parce que ce type d’épisode est souvent sous-estimé en prévision classique.


A lire également :

C. MARTIN (2010) - Les inondations du 15 juin 2010 sur le centre Var : réflexion sur un épisode exceptionnel. Études de Géographie Physique, n° XXXVII, 2010, p. 41-76.