Une tornade de faible intensité (bas de l'échelon EF1) a longé l'est de la commune de Bordères-sur-l'Echez (Hautes-Pyrénées) le 9 septembre 2003, vers 16h45 locales. Le phénomène, qui a produit quelques dommages sur son passage, a fait l'objet d'un compte-rendu par le professeur Jean Dessens.
 

Principales caractéristiques de la tornade

* intensité maximale : EF1, soit des vents estimés entre 135 km/h et 175 km/h
* distance parcourue : 2,6 kilomètres
* largeur moyenne : indéterminée

* commune traversée : BORDÈRES-SUR-L'ÉCHEZ (rue du Cabilat, rue Georges Lassalle, Bache)
* département : HAUTES-PYRÉNÉES (65)
* altitude moyenne du terrain : 285 mètres
* type de terrain : tissu urbain discontinu, prairies, systèmes culturaux et parcellaires complexes

* principaux dégâts : caravane déplacée sur quelques mètres ; arbres arrachés (nature non précisée) ; habitations endommagées, dont certaines ont eu un pan de toit arraché ; mobilier de jardin éparpillé ; grosses branches brisées sur un gros sapin ; un toit d'atelier éventré

NB : l'intensité des tornades est déterminée sur l'échelle EF augmentée. Cette version de l'échelle EF, mise en place par KERAUNOS depuis 2009, ajoute aux critères américains une série de spécificités propres à l'habitat européen.
 

Trajectoire de la tornade

 
Trajectoire de la tornade EF1 de Bordères-sur-l'Echez (Hautes-Pyrénées) du 9 septembre 2003
© Keraunos (fond de carte : Géoportai)
 

Un bruit d'avion à réaction

La tornade de Bordères-sur-l'Échez du 9 septembre 2003 s'est déroulée à quelques kilomètres de Tarbes, durant une journée marquée par un flux de Nord-Ouest instable et dépressionnaire.

Le phénomène, qui a été vu par de nombreux habitants, est décrit comme suit : « J’étais à la fenêtre en train de regarder mon potager. Tout d’un coup, j’ai entendu un bruit comme une turbine d’un avion à réaction. C’était aux environs de 16 heures. Cela a duré vingt secondes, puis ça s’est arrêté. Cela avait la consistance d’un brouillard, une forme conique. J’ai eu le temps de fermer la fenêtre. Cela est passé à peu près à 20 m de chez moi » [La Dépêche du Midi du 10 septembre 2003].

Le relevé de dommages au niveau du sol confirme le passage d'un phénomène tourbillonnaire sur un parcours de 2,6 kilomètres, selon un sens de déplacement du Nord-Ouest vers le Sud-Est, conforme au flux moyen. Si l'essentiel des dégâts relève d'un niveau d'intensité EF0, on peut attribuer très localement certains dommages au bas de l'échelon EF1, notamment sur une habitation où un pan de toit a été arraché.

Une tornade analysée par le professeur J. Dessens

J. Dessens, docteur ès Sciences et physicien, a rencontré la Dépêche du Midi au centre de recherches atmosphériques de Campistrous. Il livre son analyse dans un article consacré à l'événement, le 10 septembre 2003 :

Pouvez-nous expliquer ce qu’est une tornade ?

Une tornade se visualise par une masse nuageuse en rotation, qui se resserre en forme d’entonnoir de petit diamètre jusqu’au sol. Elle naît d’un orage violent – souvent accompagné de grêle – caractérisé par une instabilité des vents et par une topographie particulière du terrain. La colonne nuageuse n’est autre qu’un courant vertical ascendant contrarié par des vents de direction différente en altitude : vent d’ouest au sol et sud-ouest en altitude.

Lorsque tous ces éléments sont conjugués, la tornade naît très vite d’un terrain accidenté, un étang, etc., se déplace sur quelques kilomètres, puis perd tout aussi rapidement de l’activité lorsqu’elle se heurte sur des arbres, des maisons. Elle se dissout alors.

C’est donc bien une tornade qui s’est abattue à Bordères ?

Oui. C’est un peu l’effet du hasard. Il n’y en a pas souvent. La tornade se caractérise aussi par un bruit d’avion à réaction volant à très basse altitude, elle a une durée de vie très courte. Les témoignages l’ont bien décrite. L’étendue de la zone sinistrée est très localisée, de quelques hectares ou d’un étroit couloir. C’est ce qui s’est passé.

Quelle est la différence avec un cyclone ?

C’est toujours de l’air qui tourne autour d’un axe. Le phénomène de rotation de la tornade atteint, en moyenne, 300 m de diamètre, et progresse de quelques kilomètres avant de disparaître. Le cyclone naît et évolue sur l’eau. Cela dure plusieurs jours. Son diamètre peut atteindre 300 km. Il s’éteint lorsqu’il se heurte sur la terre.

La température a-t-elle une influence ?

Non. Il peut y avoir des tornades l’hiver. L’intensité se situe surtout en été.

Peut-on prévoir ce phénomène ?

Oui, avec un radar Doppler. Ils mesurent la vitesse des vents dans les nuages. Les Etats-Unis, où c’est fréquent, sont équipés de 200 radars. En France, le jeu n’en vaut pas la chandelle : nous recensons trois tornades par an. Comme celle de Bordères, de force 1, on en recense un peu plus. En cent cinquante ans, 300 tornades ont été répertoriées en France.

Peut-on penser que la fréquence puisse dans l’avenir augmenter ?

Sûrement. Tous les climatologues s’accordent pour dire qu’il va y avoir une recrudescence de ce genre de phénomènes. Cela est dû au réchauffement de la planète.

Quel comportement doit-on adopter face à une tornade ?

Surtout ne pas sortir. La tornade soulève les toitures, les caravanes, les cloisons, le carrelage, etc. Les débris soulevés se transforment en projectiles. C’est ce qui provoque des accidents mortels. Lors d’une tornade, il faut rester à l’intérieur, se positionner dans l’encoignure d’une porte et d’une cloison, sous une table, aller à la cave, dans un cellier, une pièce de petite dimension, et attendre.