Une tornade de faible intensité (EF1) frappe l'est de l'agglomération de Tarbes (Hautes-Pyrénées) le 2 avril 1994 à 19h15 locales. Le phénomène touche plus particulièrement la commune de Séméac qui est traversée de part en part.

 

Principales caractéristiques de la tornade

* intensité maximale : EF1, soit des vents estimés entre 135 km/h et 175 km/h
* distance parcourue : 3,6 kilomètres
* largeur moyenne : 150 mètres

* communes traversées : TARBES (cimetière Saint-Jean, boulevard du Martinet), SÉMÉAC (avenue François Mitterrand, Lasgravettes, bois de la Barthe)
* département : HAUTES-PYRENEES (65)
* altitude moyenne du terrain : 320 mètres
* type de terrain : tissu urbain continu, tissu urbain discontinu, systèmes culturaux et parcellaires complexes, forêts de feuillus

* principaux dégâts : arbres déracinés ou couchés, dont des chênes ; toitures endommagées, parfois sérieusement (tuiles, lattis, faîtières)

NB : l'intensité des tornades est déterminée sur l'échelle EF augmentée. Cette version de l'échelle EF, mise en place par KERAUNOS depuis 2009, ajoute aux critères américains une série de spécificités propres à l'habitat européen.
 
 

Trajectoire de la tornade

 
Trajectoire de la tornade EF1 de Séméac (Hautes-Pyrénées) du 2 avril 1994. © Keraunos (fond de carte : Géoportail)
© Keraunos (fond de carte : Géoportail)
 

La ville de Tarbes est touchée

La tornade de Séméac se manifeste dans un contexte atmosphérique plutôt inhabituel pour un 2 avril. La France est brutalement soumise à un flux de Nord-Ouest dépressionnaire de grande ampleur et assez remarquable par son intensité. Les faibles températures mesurées en altitude sont à l'origine d'abondantes chutes de neige en montagne, et de fortes averses orageuses accompagnées de grésil en plaine.
 
La tornade de Séméac prend naissance à l'est de Tarbes, au niveau du cimetière Saint-Jean. Selon une propagation du Nord-Ouest vers le Sud-Est, et sur une largeur moyenne de 150 mètres, le tourbillon traverse ensuite la commune limitrophe de Séméac, dont l'avenue François Mitterrand, le quartier Lasgravettes et le bois de la Barthe. La tornade se dissipe au-delà de ce point, ce qui permet de valider une trajectoire totale de 3,6 kilomètres
 
Le phénomène a surpris de nombreux habitants : "Le vent soufflait mais rien ne laissait supposer ce qui s'est ensuite produit. Tout à coup, j'ai entendu un grand bruit. J'ai pensé que cela provenait du Velux, à l'étage. En regardant par la fenêtre, j'ai vu alors les chaises de jardin qui volaient! Lorsque je suis montée à l'étage, je me suis aperçue que la trappe du grenier avait disparu et, qu'au-dessus, il n'y avait plus de toit. Tout s'est passé en quelques secondes". [...] "L’œil" du cyclone allait frapper avec une violence inouïe ; arbres et toitures étaient en partie arrachés, notamment sur l'avenue de Toulouse du côté de l'Intermarché, où juste avant la fermeture la panique s'emparait des derniers clients qui virent sa toiture onduler au dessus de leurs têtes, tandis qu'un pan de mur de sa boulangerie s'effondrait, ainsi que sa grande enseigne, endommageant une voiture en stationnement. (République des Pyrénées du 5 avril 1994).
 
Les dégâts, sans être exceptionnels, sont nombreux compte-tenu d'une forte urbanisation. Bon nombre de maisons ou d'immeubles sont endommagés à des degrés divers : portions de toits arrachées (tuiles, lattis, faîtières), nombreuses chutes de tuiles, matériaux de toute sorte arrachés. Une enseigne d'un magasin s'est même décrochée et a endommagé un véhicule dans sa chute. La végétation a également souffert, notamment dans le bois de la Barthe où de nombreux chênes sont déracinés. Ce type de dommages relève d'une intensité EF1.
 
 
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La tornade de Séméac est mentionnée dans la République des Pyrénées (édition du 5 avril 1994). En voici un extrait :
 
Tornade sur Séméac et Tarbes, tempête de neige en montagne

Un week-end pascal tourmenté

Quel week-end de Pâques! Exécrable... Et ce n'est là qu'un doux euphémisme. Car le mauvais temps qui a régné en Bigorre a provoqué pas mal de dégâts, sans oublier qu'un randonneur espagnol est toujours porté disparu. En montagne justement, les très abondantes chutes de neige (1 mètre), ont engendré une situation difficile pour plusieurs dizaines de randonneurs.

En plaine, c'est une tornade qui s'est abattue sur Séméac, où la route de Toulouse a été saccagée, et à Tarbes, où le quartier du cimetière Saint-Jean a été touché, jusqu'au boulevard du Martinet où les arbres ont été couchés. [...]
Il était environ 19h15 ce samedi soir, lorsqu'une très violente rafale de vent, semblable à un cyclone tropical, se leva au niveau du pont de l'Adour pour traverser la commune dans le sens Ouest-Sud-Est.

Large d'environ 200 m, "l’œil" du cyclone allait frapper avec une violence inouïe ; arbres et toitures étaient en partie arrachés, notamment sur l'avenue de Toulouse du côté de l'Intermarché, où juste avant la fermeture la panique s'emparait des derniers clients qui virent sa toiture onduler au dessus de leurs têtes, tandis qu'un pan de mur de sa boulangerie s'effondrait, ainsi que sa grande enseigne, endommageant une voiture en stationnement.

Tout à côté, un grand peuplier se couchait dans un jardin ainsi que de nombreux sapins, obstruant l'avenue de Toulouse elle-même déjà jonchée de tuiles brisées et de tôles.

Continuant sa marche meurtrière vers l'est, la tornade endommageait encore d'autres toitures du côté du lotissement des Gravettes puis déracinait de nombreux chênes dans le bois de la Barthe, qui présentait dimanche matin un véritable spectacle apocalyptique avec un trou béant d'environ 150 mètres de diamètre. C'est ici d'ailleurs que s'achevait le cyclone puisqu'au-delà, vers le haut de la colline, on ne relève que quelques branches cassées.

Dans les minutes qui suivirent et dans l'attente des secours officiels - il est vrai appelé de toutes parts - la solidarité de voisinage s'organisait et une véritable chaîne humaine tronçonnait ici, passait des tuiles là pour colmater les brèches béantes dans les toits tandis que l'on cherchait aussi des bâches pour préserver des intempéries qui menaçaient et qui s'abattirent encore une bonne partie de la nuit.

Au petit matin, les pompiers de Séméac étaient encore à l'ouvrage du côté de la Barthe. Certaines maisons au faîtage très élevé n'avaient pu être protégées comme l'immeuble Saint-Hilaire ou la cantine-crèche toute proche.

 
NB : Ce cas a pu être documenté grâce à une collaboration entre Keraunos, François Paul (Climat-Energie-Environnement) et Jean Dessens (Anelfa).