Une tornade de faible intensité (EF1) est observé au marais d'Aubigny, commune d'Aubigny-au-Bac (Nord), le 8 juin 1997 à 17h00 locales. Le phénomène a fait l'objet d'une enquête de terrain par François Paul (Climat-Energie-Environnement).

Principales caractéristiques de la tornade

* intensité maximale : EF1, soit des vents estimés entre 135 km/h et 175 km/h
* distance parcourue : 2,1 kilomètres
* largeur moyenne : 30 mètres

* communes traversées : OISY-LE-VERGER (canal de la Sensée, C. Au Roubaisien), AUBIGNY-AU-BAC (Marais d'Aubigny, C. La République)
* départements : PAS-DE-CALAIS (62), NORD (59)
* altitude moyenne du terrain : 37 mètres
* type de terrain : tissu urbain discontinu, équipements sportifs et de loisirs, terres arables hors périmètres d'irrigation, forêts de feuillus, marais intérieurs, plans d'eau

* principaux dégâts : grosses branches cassées; arbres déracinés, dont deux gros peupliers; caravanes soulevées et déplacées; un petit bateau de plaisance soulevé de l'eau et retrouvé sur le quai; eaux du marais d'Aubigny soulevées

NB : l'intensité des tornades est déterminée sur l'échelle EF augmentée. Cette version de l'échelle EF, mise en place par KERAUNOS depuis 2009, ajoute aux critères américains une série de spécificités propres à l'habitat européen.
 

Trajectoire de la tornade

 
Trajectoire de la tornade EF1 d'Aubigny-au-Bac (Nord) du 8 juin 1997. © Keraunos (fond de carte : Géoportail)
© Keraunos (fond de carte : Géoportail)
 

Eaux du marais d'Aubigny soulevées

Une enquête de terrain a été menée par F. Paul (Climat-Energie-Environnement) le 11 juin 1997. Elle atteste d'un phénomène tourbillonnaire sur une trajectoire totale de 2,1 kilomètres et une largeur moyenne de 30 mètres.
 
Le phénomène, qui a pris naissance en bordure du canal de la Sensée (commune d'Oisy-le-Verger, dans le Pas-de-Calais), s'est dissipé au nord-ouest d'Aubigny-au-Bac (département du Nord) après avoir traversé deux campings séparés par le marais d'Aubigny.
 
Les dégâts observés sur la végétation (chutes d'arbres notamment) auraient pu avoir de lourdes conséquences dans ce secteur traditionnellement très fréquenté en été. 
 
* * *
 
Le quotidien régional La Voix du Nord évoque la tornade dans son édition du 10 juin 1997:
 
Saint-Médard

Des arbres abattus par le vent à Aubigny, des fêtes gâchées par la pluie, des caves inondées...

Un dimanche de printemps sous l'orage

C'était un beau dimanche ensoleillé... jusqu'à ce que le ciel se couvre brutalement. Et l'orage qui suivit fut très violent, notamment à Aubigny-au-Bac où les témoins racontent avoir vu une vraie petite tornade. « Pour les Optimists, on va attendre un peu, j'ai l'impression que le vent se lève... » Ce responsable du club de Rieulay, qui faisait patienter, dans le cadre de la fête du terril, les volontaires pour un baptême à voile, a eu le nez creux. Quelques minutes plus tard, en effet, le vent se levait brutalement et amoncelait d'immenses nuages gris qui crevèrent bientôt. Le déluge commençait...

Plusieurs orages à suivre, comme ces derniers jours, saturent vite les réseaux d'assainissement et les voies naturelles d'écoulement des eaux. Résultat, une vingtaine de fois environ, les pompiers du SDIS ont été appelés pour des "inondations".

Le terme est un peu fort, quand le plus souvent ce ne sont que quelques centimètres d'eau qui mettaient de la mauvaise volonté à ressortir des caves où ils s'étaient glissés. Les pompiers n'y pouvaient pas toujours grand chose : « Il faut qu'il y ait au moins quinze centimètres d'eau pour pouvoir amorcer nos pompes, expliquait l'un d'eux. Et parfois les gens nous appellent pour trois fois rien ! » Reste que, même si la serpillière suffit à évacuer l'eau, la séance de nettoyage est très désagréable...

Parfois, les précipitations ont eu des effets plus spectaculaires, comme à Estrées ou encore à Hamel, par exemple, où l'on a vu des coulées d'eaux boueuses traverser les chaussées ou les garages de quelques maisons situées en contrebas de champs cultivés.

Dès samedi, ces excès de précipitations avaient provoqué une pollution entre Gœulzin et Lambres, provoquant la mort de nombreux poissons.

La foudre était aussi de la partie : A Roost-Warendin par exemple, elle est tombée sur un pylône électrique, provoquant de mini explosions vite maîtrisées par les pompiers et EDF. La veille, un éclair avait également frappé la commune, tuant un cheval.

Le vent, lui aussi, a causé des dégâts parfois impressionnants : les "Intervilles" organisés entre Monchecourt et Auberchicourt ont vu ainsi leurs stands dévastés par les rafales.

Enfin, à la plage d'Aubigny-au-Bac, le vent, en glissant sur le lac, s'est formé en une vraie petite tornade, selon les témoins de son passage aussi bref que violent. « Ca claquait, ça volait de partout ! », raconte une dame qui se trouvait dans le local du yacht-club. Un  membre de ce club, lui, a eu très peur pour son embarcation : « Mon bateau était à l'eau, et hop!, il s'est retrouvé sur le quai! » Un autre avait eu la mauvaise idée de garer sa voiture sous un arbre : celui-ci a perdu une branche dans l'aventure, qui tomba lourdement sur le toit.

Mais c'est juste derrière, dans le camping, que les dégâts furent les plus importants : là, une voiture a reçu, non pas une branche, mais un arbre entier! Une caravane n'eut pas plus de chance. D'autres reçurent également des branchages, avec des conséquences moins lourdes. Les arbres aux racines arrachées du sol étaient peut-être vieux, mais il aura quand même fallu un gros coup de vent pour les coucher ainsi. La mairie a promis de s'occuper des arbres voisins... avant que le vent ne s'y attaque à nouveau. Fort heureusement, personne ne se trouvait dans les véhicules les plus abîmés, et la tornade n'aura fait aucune victime.

Les pluies violentes, quant à elles, laissent dans leur sillage une sourde inquiétude : dimanche 8 juin, c'était la Saint-Médard... Rendez-vous dans quarante jours?