Le 15 mai 1980, vers 20h15 locales, une tornade d'intensité modérée (EF2) est aperçue dans le quartier de l'hôpital Purpan (Casselardit) à l'ouest de Toulouse (Haute-Garonne). Le phénomène, qui provoque des dégâts assez importants sur une superficie assez restreinte, semble s'évanouir en longeant la Garonne.
 

Principales caractéristiques de la tornade

Localisation de la tornade de Toulouse (31) du 15 mai 1980* intensité maximale : EF2, soit des vents estimés de 175 km/h à 220 km/h
* distance parcourue : indéterminée
* largeur moyenne : indéterminée

* commune traversée : TOULOUSE (Casselardit)
* département : HAUTE-GARONNE (31)
* altitude moyenne du terrain : 133 mètres
* type de terrain : territoires artificialisés

* principaux dégâts : arbres, dont des feuillus adultes de bonnes dimension, déracinés, brisés net, ou vrillés; vitres brisées; toitures endommagées; un pan entier de toit emporté dans une annexe d'une maison de retraite; cheminée écroulées; cloisons effondrées dans les habitations
 
NB : l'intensité des tornades est déterminée sur l'échelle EF augmentée. Cette version de l'échelle EF, mise en place par KERAUNOS depuis 2009, ajoute aux critères américains une série de spécificités propres à l'habitat européen.
 

Parcours de la tornade

 
Trajectoire de la tornade EF2 de Toulouse (Haute-Garonne) du 15 mai 1980. © Keraunos (fond de carte : Géoportail)
© Keraunos (fond de carte : Géoportail)
 
Les dégâts sont représentés par une plage de couleur rouge (informations tirées du quotidien régional La Dépêche du Midi du 16 mai 1980).

Un "nuage noir vrillé" dont le point de départ reste indéterminé

La tornade de Toulouse a été vue de nombreux témoins. Le lieutenant Cambon, qui était à la caserne Jacques Vion, décrit la tornade comme un énorme nuage noir vrillé qui a suivi la Garonne. D'après les témoignages recueillis et l'orientation du flux pour la journée du 15 mai 1980, la tornade pourrait avoir pris naissance au niveau des pistes de l'aéroport de Toulouse-Blagnac, sans que nous puissions l'attester à ce jour.
 
Le quotidien national La Dépêche évoque la tornade de Toulouse dans son édition du 16 mai 1980:
 
 Apocalypse à Casselardit

Une tornade diabolique a ravagé le faubourg toulousain

Le ciel toulousain avait un aspect étrange, jeudi soir, vers vingt heures trente. Malgré l'orage qui rugissait, le soleil inondait la pluie d'une intense lumière... Tout-à-coup, derrière le CHR de Purpan, les cumulus s'amalgament d'une force incroyable, se dresse aux abords de la Garonne.

Il ne lui faudra pas plus de quatre minutes pour ravager entièrement un quartier : trente maisons sont endommagées, des toits emportés, des arbres déracinés, des vitres brisées... Du point de vue météorologique, il s'agit d'un grain orageux violent, incomparable à une trombe tropicale.

Pour ceux qui l'on subi, particulièrement les pensionnaires d'une maison de retraite, durement éprouvés, ce fut un ouragan.

C'était un petit parc tranquille. De grands arbres, des massifs de fleurs, des buissons, une petite mare où barbotaient quelques canards, c'est là que venaient se promener les pensionnaires de la maison de retraite Pierre-Ducis, 92, avenue de Casselardit.
Hier matin, malgré le soleil et le piaillement des oiseaux, c'était un spectacle d'apocalypse. Les troncs ont été arrachés, et les branches hachées jonchent le sol. Entre la terre éventrée et les souches, pendent de grosses racines sectionnées. Un platane donne l'impression d'avoir été tordu dans une gigantesque tenaille. Son bois éclaté crève l'écorce torsadée. Au loin, le faîte de quelques arbres brisés en deux, effleure la terre.

Mais c'est l'annexe de l'institution qui a été le plus touchée ; un pan entier de toit emporté : on ne l'a pas encore retrouvé. Peut-être est-il allé s'abîmer dans le fleuve, juste derrière? D'ailleurs, bien des maisons aux alentours ont perdu des tuiles. Au total, une trentaine de villas ont été endommagées. Le bâtiment principal de la maison de retraite, un petit château en brique rose, lui non plus n'a pas été épargné. Un petit toit pyramidal, juché sur une tourelle, a été bousculé.

Plus loin, trois voitures ont été écrasées sous le poids d'arbres abattus par la tempête.

Le lieutenant Cambon était à la caserne Jacques Vion lorsque la tornade s'est déclenchée : « J'étais au dixième étage, avec une paire de jumelles : un énorme nuage noir vrillé s'est formé du côté de l'hôpital Purpan, et a suivi la Garonne... Il doit s'agir de la queue d'une tornade... Il y avait quelque chose de semblable, il y a une trentaine d'années, à Portet-sur-Garonne... »

Parmi les pensionnaires de la maison de retraite, Mme Logeraud : « Quelle peur ; j'ai cru que c'était la fin du monde, ou un cataclysme quelconque ; j'ai pensé à un bouleversement de la terre, tellement c'était fort! C'est incroyable. »

Une autre dame a vu : « Un gros nuage, noir, brun, de forme très allongée... et ensuite... toute la maison a tremblé... Ca a fait un bruit formidable, comme un avion qui s'écrase... » Dans le regard anxieux de cette vieille dame, les instants de terreur renaissent... Tornade furieuse, tornade étrange aussi... Au beau milieu du parc, entre les souches déracinées et les bâtisses endommagées, une verrière. Intacte. Pas un carreau ne manque! Dans l'annexe, à l'intérieur, sous le toit dont un morceau s'est envolé, une cloison entière est tombée. Mieux encore, dans une autre villa, dont toutes les issues étaient hermétiquement closes, une cloison aussi s'est effondrée.
Chez Mme Serres, 89, avenue de Casselardit, la cheminée est tombée dans la salle de bain! A quelques deux cents mètres de cet endroit, tout est indemne...

Etrange comportement de ce caprice de la nature... « Lorsque c'est arrivé, raconte un témoin, j'ai cru à un tremblement de terre ; la lumière s'est allumée, puis s'est éteinte, les portes se sont ouvertes et fermées toutes seules, toute la maison a été secouée. Quant à la directrice, Mme Davrinche, elle a remarqué quelque chose d'anormal, lorsqu'elle entendit les casseroles gémir dans la cuisine... Quelques secondes après les carreaux volaient en éclats, les toitures se soulevaient, les murs vibraient dans un grondement de tonnerre. Le château subissait les forces démoniaques des éléments déchaînés... »

Dès l'alerte donnée, les pompiers sont sur les lieux, sous les ordres du colonel Pujos et du commandant Serrano. Très efficacement, ils parent au plus urgent, assurant la protection des personnes. Puis viendront M. Riera, secrétaire général du bureau d'aide sociale dont dépend l'institution et M. Farré, adjoint au maire, qui visitera les pensionnaires sinistrés. Car dix-sept d'entre eux, qui se trouvaient à l'annexe (le bâtiment le plus touché) ne peuvent rester dans ces chambres n'offrant plus de garanties de sécurité. Ces personnes, malades, seront évacués dans d'autres centres : cinq iront à la clinique Varsovie, douze aux Sept Deniers en attendant que les réparations soient effectuées. « C'est pour moi le problème le plus dramatique, nous explique la directrice de la maison de retraite, Mme Davrinche. Très âgées, seules pour la plupart du temps, elles étaient hébergées ici avec quelques-uns de leurs meubles, et avaient trouvé une structure d'accueil qui leur convenait. Ici, elles se sentaient bien, en confiance avec le personnel. Cette tornade d'hier soir, et leur transfert aujourd'hui vont sûrement beaucoup les traumatiser. Bien sûr, nos employés iront les voir et s'en occuperont, mais c'est dur à leur âge, un pareil bouleversement... Plus que les questions matérielles, c'est cela qui me cause le plus de soucis... »

Espérons que ce quartier sinistré retrouvera sa quiétude d'autrefois, et que ces personnes âgées pourront réintégrer ce parc qu'un soir, la nature déchaînée a dévasté.
 
 
NB : Ce cas a pu être documenté grâce à une collaboration entre Keraunos, François Paul (Climat-Energie-Environnement) et Jean Dessens (Anelfa).