Le 2 août 1967, à 17h30 locales, une tornade de forte intensité (EF3) touche quatre commune du Jura, dont Lajoux qui est la plus sinistrée. Le tourbillon, qui a été vu, semble s'être dissipé dans la Combe de Mijoux, rive droite de la Valserine. Faute d'enquête de terrain, la trajectoire retenue pour cet événement est de 12 kilomètres
 
Il s'agit de la tornade française ayant sévi à l'altitude moyenne la plus élevée parmi tous les cas recensés à ce jour.
 

Principales caractéristiques de la tornade

Localisation de la tornade de Lajoux (39) du 2 août 1967* intensité maximale : EF3, soit des vents estimés entre 220 km/h et 270 km/h
* distance parcourue : 12 kilomètres (distance minimale certaine)
* largeur moyenne : 500 mètres

* communes traversées : LES MOUSSIÈRES (les Grands Prés), LES MOLUNES, SEPTMONCEL (le Manon), LAJOUX (Village, Combe de Mijoux)
* département : JURA (39)
* altitude moyenne du terrain : 1200 mètres (record français)
* type de terrain : territoires agricoles, forêt et milieux semi-naturels

* principaux dégâts : sapins de toutes tailles complètement déracinés ou sectionnés à mi-hauteur sur plusieurs dizaines d'hectares de terrain; voitures légères et caravanes emportées; une 403 à l'arrêt avec 6 personnes à l'intérieur a fait un tonneau complet; toits arrachés, certains avec toute la charpente; hangars emportés en totalité; un chalet en bois rasé sur sa dalle en béton; murs abattus sur quatre vieilles fermes; murs abattus sur une ferme de construction récente; vaches soulevées ou roulées par le vent; poteaux télégraphiques abattus; débris des immeubles endommagés ou détruits à Lajoux, retrouvés jusqu'à 3 ou 4 km de distance, certains papiers à 15 km; arbres arrachés, soulevés dans les airs et précipités sur la chaussée ou les pâturages voisins (distance supposée supérieure à 50 mètres)

NB : l'intensité des tornades est déterminée sur l'échelle EF augmentée. Cette version de l'échelle EF, mise en place par KERAUNOS depuis 2009, ajoute aux critères américains une série de spécificités propres à l'habitat européen.
 

Trajectoire de la tornade

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Trajectoire de la tornade EF3 de Lajoux (Jura) du 2 août 1967. © Keraunos (fond de carte : Géoportail)
© Keraunos (fond de carte : Géoportail)
 
Cette trajectoire est établie sur la base des informations actuelles (témoignages, articles de presse, reconstitution du flux pour la journée du 2 août 1967).
 

Une altitude record

La tornade de Lajoux constitue le record français de l'altitude moyenne la plus élevée, qui atteint 1200 mètres (entre 1020 mètres dans la Combe de Mijoux et 1300 mètres aux Molunes). Bien qu'aucune enquête de terrain n'ait été effectuée, la trajectoire a notamment pu être retracée grâce à plusieurs témoignages, dont celui de M. Tuetey, en vacances à Lajoux au moment de la tornade: "Aucun phénomène électrique si ce n'est quelques éclairs. Une personne remarquablement placée pour observer le phénomène a vu deux masses tourbillonnantes de nuages, l'une venant de l'Ouest-Sud-Ouest, l'autre du Sud, et se déplaçant à une vitesse exceptionnelle, se rencontrer au-dessus de Lajoux. C'est à ce moment là que les premiers toits ont été comme aspirés."
 
Le témoignage de M. Tuetey complète celui des maires des principales communes sinistrées, qui ont pu dresser l'inventaire complet des dégâts. Grâce à leur collaboration, une trajectoire minimale de 12 kilomètres a pu être reconstituée entre les Moussières et la vallée de la Valserine, au-delà de Lajoux.
 
Les dégâts sont très importants et relèvent d'une intensité EF3. Concernant les habitations, certains murs de corps de fermes ont été abattus, et des toitures entièrement arrachées avec leur charpente. Certains débris des immeubles endommagés ou détruits à Lajoux, ont été retrouvés jusqu'à 3 ou 4 kilomètres de distance. Concernant la végétation, outre les résineux brisés sur plusieurs dizaines d'hectares, certains arbres ont été soulevés dans les airs et précipités sur la chaussée. Une 403 à l'arrêt a fait un tonneau complet avec ses six occupants. Des vaches ont également été soulevées ou roulées par le vent.
 

Coupure de presse

Sud-Ouest évoque la tornade de Jajoux dans son édition du 4 août 1967:
 
Nuit de cauchemar à Lajoux (Jura) dévasté par une tornade

« On se serait cru sous un intense bombardement. Dans un fracas infernal tout voltigeait et s'entrechoquait au-dessus du village », a déclaré hier matin, à peine remis de la violente émotion, qui, mercredi vers 17h30, le saisit, un habitant de Lajoux (Jura).

Les sinistrés de Lajoux ont vécu ensuite une véritable nuit de cauchemar. Rassemblés dans les immeubles du village qui furent le moins éprouvés, c'est dans l'obscurité et l'isolement qu'ils attendirent le lever du jour. Les lignes électriques et téléphoniques furent en effet les premières à être atteintes.

A la pointe du jour, les habitants de Lajoux ont pu enfin contempler l'étendue du désastre. Dans la brume matinale, ils ont vu se dégager petit à petit les monceaux de ruines constitués par les toitures pulvérisées, tandis que partout des sapins arrachés jonchent le sol et que les tôles des couvertures sont éparpillées, loin parfois, dans les paisibles pâturages jurassiens.
Les maisons décapitées contribuent à donner a ce décor sinistre un aspect de véritable champ de bataille auquel rien ne manque, même pas les ruines encore fumantes de la ferme de M. Richardet incendiée et embrasée par la foudre.

On ne retrouve aucune trace d'un chalet en bois, occupé par une famille d'estivants. Seuls reste le socle de maçonnerie. Le chalet, qui semble s'être trouvé au centre même du cyclone, s'est littéralement volatilisé, ainsi que son contenu, tandis que la caravane de ses propriétaires, garée à proximité, s'est envolée vers la forêt voisine où l'on ne retrouve d'elle qu'un informe tas de tôles.

Surpris au pâturage, par la tempête, le troupeau de M. Benoit-Jeannin, cultivateur et maire de Lajoux, a été lui aussi emporté, ou plus exactement roulé, sur une centaine de mètres.

Il est difficile d'apprécier la durée du phénomène. Cette durée était estimée tout d'abord à cinq longues minutes, mais après réflexion, les témoins pensent qu'en réalité il ne dut guère sévir pendant plus de 60 secondes qui, il est vrai, apparurent démesurément longues.

 
NB : Ce cas a pu être documenté grâce à une collaboration entre Keraunos, François Paul (Climat-Energie-Environnement) et Jean Dessens (Anelfa).