Le 29 juin 1944, une tornade meurtrière de forte intensité (EF3) dévaste plusieurs communes au Nord-Est de Blois (Loir-et-Cher), dont Villexanton qui apparaît la plus éprouvée. Le phénomène, qui tue une personne âgée, provoque d'importants dommages que la presse locale n'hésite pas à comparer - contexte géopolitique oblige - à un bombardement. 
 

Principales caractéristiques de la tornade

* intensité maximale : EF3, soit des vents estimés entre 220 km/h et 270 km/h
* distance parcourue : 16 kilomètres
* largeur moyenne : indéterminée

* communes traversées : MULSANS, LA CHAPELLE-SAINT-MARTIN-EN-PLAINE, VILLEXANTON (Villesablon, le Noyer), [CONCRIERS], JOSNES
* département : LOIR-ET-CHER (41)
* altitude moyenne du terrain : 115 mètres
* type de terrain : territoires artificialisés, territoires agricoles

* principaux dégâts : gros arbres arrachés ; fers tordus ; toitures d'habitations arrachées, parfois avec leurs charpentes ; granges abritant des animaux, écroulées ; certaines habitations écroulées ; hangars métalliques démolis et tôles dispersées, pour certaines, à 7 ou 8 kilomètres de distance ; tôles, ardoises et débris en tout genre dispersés dans les champs

NB : l'intensité des tornades est déterminée sur l'échelle EF augmentée. Cette version de l'échelle EF, mise en place par KERAUNOS depuis 2009, ajoute aux critères américains une série de spécificités propres à l'habitat européen.
 

Parcours de la tornade 



© Keraunos (fond de carte : Géoportail)

Une vieille femme décédée sous les décombres

La Météorologie (1944) nous renseigne sur la tornade de Villexanton, qui s'est déroulée sous une cellule orageuse très active qui a balayé tout le secteur compris entre Saint-Nicolas-des-Motets (Indre-et-Loire) et Josnes (Loir-et-Cher), soit sur un parcours de 45 kilomètres du Sud-Ouest vers le Nord-Est. Les informations recueillies sur cet orage (trajectoire, manifestations, dégâts) semblent présenter les caractéristiques d'une structure de type supercellulaire. 

Entre Herbault et Averdon, la cellule orageuse déverse d'abord des grêlons de très gros diamètre (6 à 8 cm) sur une bande de terrain large de 2 à 3 kilomètres. Certains d'entre eux, qui pèsent jusqu'à 100 grammes, détruisent les récoltes à 100% dans les communes concernées. De part et d'autre de cet axe principal, les grêlons sont moins volumineux et les dégâts partiels.

Entre Averdon et Josnes, la grêle diminue de volume mais cause des dommages aux cultures (5 à 40%) dans les communes de Mulsans, la Chapelle-Saint-Martin-en-Plaine, Villexanton, Talcy, Concriers et Josnes.

C'est précisément dans la deuxième partie de la trajectoire de l'orage, qu'une tornade se développe entre Mulsans et Josnes, soit sur un parcours de 16 kilomètres en ligne droite. Les dégâts sont considérables, plus particulièrement à Villexanton :
gros arbres arrachés, toitures d'habitations arrachées (parfois avec leurs charpentes), granges abritant des animaux écroulées, certaines habitations écroulées, hangars métalliques démolis et tôles dispersées, pour certaines, à 7 ou 8 kilomètres de distance. A Villexanton, entre Villesablon et le Noyer, des tôles, des  ardoises et des débris en tout genre sont dispersés dans les champs sur un parcours de 5 kilomètres. Les habitations sont sinistrées.

A la Chapelle-Saint-Martin, une habitation s'écroule et enfouit une vieille femme sous les décombres. A Mulsans, on déplore 3 blessés.

Selon la presse locale, le phénomène se déplaçait à 4 mètres du niveau du sol, ce qui rappelle le comportement de la tornade EF4 de Pommereuil du 24 juin 1967 qui avait épargné les cultures. Il est également à noter que la tornade s'est développée sur le flanc sud de la cellule orageuse.

Illustration de la cellule orageuse à l'origine de la tornade de Villexanton :

Plage de couleur rouge : territoire affecté par la grêle. Trait rouge : trajectoire de la tornade. © La Météorologie


Compte tenu des dégâts observés, la tornade de Villexanton est classée en intensité EF3 sur l'échelle de Fujita améliorée.


Analyse de la situation météorologique

La situation météorologique du 29 juin 1944 a pu être reconstituée à partir des archives météorologiques de l'époque, complétées par les données du programme de réanalyses "20th Century Reanalysis" mené par la NOAA, l'ESRL et le PSD. L'approche ensembliste développée par ce programme permet de reconstruire par modèle les conditions météorologiques à tous les niveaux de l'atmosphère à partir d'un nombre restreint de données d'observations. Les résultats sont certes à considérer avec une certaine prudence compte tenu des périodes reculées auxquelles ils s'appliquent, mais ils présentent un degré de fiabilité élevé qui permet une reconstruction pertinente de la plupart des épisodes météorologiques majeurs des 150 dernières années.

Il ressort de ces analyses que
la tornade de Villexanton s'est développée au sein d'un rapide flux de sud-ouest, piloté par un thalweg d'altitude qui s'enfonçait alors sur le proche Atlantique, en lien avec une anomalie basse de tropopause dynamique réanalysée au sud de l'Irlande. Un jet streak est identifié entre le nord de l'Espagne et l'Aquitaine ce jour-là, positionnant ainsi tout le nord de la France dans une configuration de sortie gauche de jet fortement diffluente (ci-dessous à gauche). L'ensemble est associé à une goutte froide, pointée à -22°C à 500 hPa en Manche (ci-dessous à droite).



Au sol, un complexe dépressionnaire s'étire de la Norvège à l'Irlande, tandis qu'un thalweg de surface circule au nord de la Loire. C'est vraisemblablement cet axe dépressionnaire secondaire qui a piloté l'essentiel de la dégradation orageuse de cette journée (ci-dessous à gauche). Les forçages associés à cette situation bien dynamique se présentent sur une langue d'air doux et humide, d'origine tropicale, étirée du Maroc et de l'Espagne jusqu'aux Ardennes, où les thêta'w dépassent 15°C à 850 hPa (ci-dessous à droite).



La masse d'air en présence est dès lors bien instable, comme en témoignent les valeurs fortement négatives de Lifted Index (ci-dessous à gauche). L'ensemble assure un environnement propice aux développements supercellulaires le long d'un axe étiré du sud-ouest de la France jusqu'au nord de l'Allemagne (ci-dessous à droite).