Le 4 mars 1912 en cours de soirée, une tornade de faible intensité (EF1) traverse l'Ouest du Calvados et touche au moins deux localités de l'arrondissement de Bayeux, dont le Molay-Littry qui est la première commune traversée par le phénomène.
 
La tornade du Molay-Littry s'inscrit dans un outbreak de tornades (épisode de tornades groupées) qui totalise au moins 3 cas pour la journée du 4 mars 1912 dans ce même département, dont la tornade EF3 du Locheur et la tornade EF1 de Caen. Un autre phénomène tourbillonnaire, classé en liste secondaire, est également fortement suspecté pour cette même journée à Beauvais, dans l'Oise.

Enfin, la commune du Molay-Littry a déjà été frappée par une autre tornade d'intensité EF1 le 10 mars 1892.

 

Principales caractéristiques de la tornade

Localisation de la tornade du Locheur (14) du 4 mars 1912intensité maximale : EF1, soit des vents estimés entre 135 km/h et 175 km/h
* distance parcourue : 6 kilomètres (trajectoire minimale certaine)
* largeur moyenne : 200 mètres

* communes touchées : LE MOLAY-LITTRY, CROUAY
* département : CALVADOS (14)
* altitude moyenne du terrain : 35 mètres
* type de terrain : territoires agricoles

* principaux dégâts : arbres renversés, sapins brisés ou rompus, têtes d'arbres projetées au loin, cheminées renversées, grilles tordues
 
NB : l'intensité des tornades est déterminée sur l'échelle EF augmentée. Cette version de l'échelle EF, mise en place par KERAUNOS depuis 2009, ajoute aux critères américains une série de spécificités propres à l'habitat européen. 
 

Trajectoire de la tornade

La trajectoire suivante apparaît comme un minimum et pourrait se prolonger au-delà de Crouay, puisque des dégâts venteux sont recensés entre cette dernière localité et Courseulles-sur-Mer, toujours en ligne droite :


© Keraunos (fond de carte : Géoportail)

Plus de 30 kilomètres de dégâts en ligne droite

La tornade du Molay-Littry, tout comme celle du Locheur et de Caen survenues presque simultanément (voir paragraphe suivant), a fait l'objet d'un compte-rendu très détaillé publié dans la revue Cosmos (année 1912). Les conclusions sont complétées par une étude de M. Poignant dans le Bulletin mensuel de la Commission météorologique du Calvados d'avril 1912.

Le phénomène, survenu vers 18h30 locales, s'est formée sur le territoire de Littry (commune du Molay-Littry) et présente les caractéristiques suivantes : " [...] Cette trombe, comme toutes celles qui ont été observées dans le Calvados, semblait descendre des nuages vers la terre, n'y parvenant que par places, d'où des ravages discontinus, tantôt au-dessus du sol, tantôt jusqu'à la surface." Les dégâts recensés par M. Poignant relèvent d'une intensité EF1 : arbres renversés, sapins brisés, têtes d'arbres projetées au loin, cheminées renversées, grilles tordues (mais aucune toiture arrachée). Également, la largeur de la zone sinistrée varie entre 40 mètres et 400 mètres.

A noter que des dégâts en ligne droite sont recensés entre le Molay-Littry et Courseulles-sur-Mer, via Crouay et Sommervieu, soit sur une distance totale de 33 kilomètres. Mais faute d'éléments probants sur l'ensemble de la trajectoire frappée par le phénomène venteux, la distance parcourue par la tornade du Molay-Littry est limitée à 6 kilomètres (jusqu'à la commune de Crouay).
 

Un outbreak potentiellement remarquable

La tornade du Molay-Littry du 4 mars 1912 survient dans un contexte dépressionnaire très instable sur la France. Ce flux perturbé est à l'origine de nombreux dégâts venteux le long des côtes de la Manche, en Champagne-Ardenne, en Poitou-Charentes et en Auvergne.

A l'échelle nationale, quatre tornades peuvent potentiellement être recensées durant cette journée exceptionnelle :

- une tornade d'intensité EF1 au Molay-Littry (Calvados) recensée en liste principale,
- une tornade d'intensité EF3 au Locheur (Calvados) recensée en liste principale,
- une tornade d'intensité EF1 à Caen (Calvados) recensée en liste principale,
- une tornade d'intensité EF2 fortement suspectée à Beauvais (Oise), où la vieille ville et le quartier de Marissel ont été touchés.
 
Dans le département du Calvados, plusieurs lignes orageuses destructrices (probablement des lignes de grains) presque simultanées se produisent en soirée. Accompagnées de chutes de grêle et d'une activité électrique significative, elles sont à l'origine des trois phénomènes tourbillonnaires précités. Les dégâts sont généralisés sur la moitié nord du département. Du Molay-Littry à Courseulles-sur-Mer, et de Caen à Houlgate, on signale des dégâts sur la végétation et les habitations.

La carte suivante illustre les principaux dégâts venteux (bandes jaunes) et les trois tornades (bandes rouges) recensés dans le Calvados au cours de la soirée du 4 mars 1912. On peut suspecter un prolongement des trajectoires des tornades du Molay-Littry et de Caen, mais cette hypothèse demande encore confirmation faute d'éléments probants :


© Keraunos (fond de carte : Géoportail)

Ailleurs en France, des dégâts venteux sont observés dans les secteurs de Clermont (Oise), d'Hazebrouck et de Lille (Nord), de Charleville-Mézières (Ardennes), de Poitiers (Vienne) et de Montluçon (Allier).

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