Le 22 mai 1907, une tornade d'intensité modérée (EF2) touche la commune de la Ferté-Saint-Aubin (Loiret). Le phénomène, qui a fait l'objet d'une analyse très détaillée, a été vu par de nombreux témoins.
 

Principales caractéristiques de la tornade

Localisation de la tornade de la Ferté-Saint-Aubin (45) du 22 mai 1907intensité maximale : EF2, soit des vents estimés entre 175 km/h et 220 km/h
* distance parcourue : 2 kilomètres
* largeur moyenne : 100 mètres

* commune touchée : LA FERTÉ-SAINT-AUBIN (Saint-Aubin, la Ferté, rives du Cosson)
* département : LOIRET (45)
* altitude moyenne du terrain : 107 mètres
* type de terrain : territoires artificialisés, territoires agricoles, forêts et milieux semi-naturels

* principaux dégâts : toitures enfoncées par la chute des cheminées ; hangar complètement détruit ; arbres séculaires déracinés ; toitures entièrement enlevées ; eaux du canal du château soulevées à 50 mètres ; trois roulottes brisées et les marchandises détruites ou dispersées ; cloison éclatée à l'intérieur d'une maison ; une automobile transportée d'une cour vers un potager ; certaines ardoises jetées par le tornade et fichées dans du bois à une profondeur de 4 centimètres

NB : l'intensité des tornades est déterminée sur l'échelle EF augmentée. Cette version de l'échelle EF, mise en place par KERAUNOS depuis 2009, ajoute aux critères américains une série de spécificités propres à l'habitat européen.

 

Trajectoire de la tornade

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Trajectoire de la tornade EF2 de la Ferté-Saint-Aubin (Loiret) du 22 mai 1907. © Keraunos (fond de carte : Géoportail) 
© Keraunos (fond de carte : Géoportail)
 

Un bruit étrange comparé au "passage simultané de trois ou quatre automobiles"

La tornade de la Ferté-Saint-Aubin est remarquablement décrite par l'abbé Maillard, membre de la Société d'agriculture, sciences, belles-lettres et arts d'Orléans, qui a également fait part du phénomène à l'Académie des Sciences (1907).
 
Le phénomène, qui a pris naissance entre la Ferté et Saint-Aubin, près de la route Nationale, s'est déplacé du sud vers le nord, sur un parcours total de 2 kilomètres. En fin de trajectoire, la tornade semble s'évaser et son parcours apparaît nettement plus chaotique.
 
Selon les témoins, la formation de la tornade est annoncée par la confrontation de deux masses nuageuses qui circulaient en sens contraire. Le tourbillon ainsi formé, décrit comme une cheminée d'usine, est rapidement accompagné de débris. Le bruit caractéristique de la tornade est ainsi comparé au passage simultané de trois ou quatre automobiles.

Les dommages relevés le long du parcours de la tornade relèvent d'une intensité EF2 : toitures d'habitations enfoncées par la chute des cheminées, un hangar complètement détruit, arbres séculaires déracinés, toitures entièrement enlevées, eaux du canal du château soulevées à 50 mètres, trois roulottes brisées et les marchandises détruites ou dispersées, une cloison éclatée à l'intérieur d'une maison, une automobile transportée d'une cour vers un potager, certaines ardoises jetées par le tornade et fichées dans du bois à une profondeur de 4 centimètres.
 
Parmi les lieux sinistrés, le jardin et la maison de M. Berthier semblent particulièrement éprouvés. Plusieurs cartes postales illustrent les dégâts occasionnés par la tornade chez cet ancien notaire : 
 
Tornade de la Ferté-Saint-Aubin (Loiret) du 22 mai 1907 - Jardin dévasté de M. Berthier. © Région Centre      Tornade de la Ferté-Saint-Aubin (Loiret) du 22 mai 1907 - Jardin dévasté de M. Berthier. © Région Centre      Tornade de la Ferté-Saint-Aubin (Loiret) du 22 mai 1907 - Jardin dévasté de M. Berthier. © Région Centre
© Région Centre
 
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L'extrait suivant reprend la note de l'abbé Maillard, publiée dans l'Académie des Sciences (1907). Il est intéressant de noter que le phénomène est à juste titre comparé à la tornade EF3 de Cravant du 4 juillet 1905, même si le terme employé d'ouragan est inapproprié : 
 
Le mercredi 22 mai de cette année 1907, un ouragan d'une grande violence s'abattait sur la commune de La Ferté-Saint-Aubin (Loiret). Dès le soir du même jour, l'opinion publique, se rappelant les ruines occasionnées à Cravant par la trombe du 4 juillet 1905, attribuait au même phénomène météorologique les dégâts causés à La Ferté ; elle exagérait l'étendue du désastre, mais elle ne se trompait pas sur sa cause.

L'ouragan possédait bien, en effet, le double mouvement des cyclones, mouvement de translation, mouvement de giration ; de plus, au milieu des effets dus à la violence de ces deux mouvements, nous en avons constaté d’autres, dus à un abaissement subit et considérable de la pression atmosphérique sur le passage de la bourrasque. Ce sont des phénomènes de happage, comme ceux que nous avons observés à Cravant et signalés à l’Académie des Sciences (1).

La trajectoire a pour direction générale une ligne Sud-Nord ; à la fin de sa course seulement, l'ouragan décrivit une demi-circonférence, qui donne à l'ensemble la forme d'un point d'interrogation retourné (S) et d'une longueur de 2 km environ. Le mouvement de rotation, sans être nettement accusé, n'en est pas moins certain. Plusieurs habitants ont vu se former la trombe deux gros nuages noirs rasant les toits, l'un venant de l'Est, l'autre du Sud, produisirent à leur rencontre « une espèce de cheminée d'usine », dit l'un des observateurs, dans laquelle on vit bientôt tournoyer des débris de toute sorte. Deux ardoises d'un même toit, situé à droite de la route qui traverse la ville du Sud au Nord, vinrent s'implanter, l'une dans la devanture de chêne d'un magasin, à l'ouest l'autre, dans l'enseigne d'un commerçant, à l'est de cette route toutes deux à une profondeur de 4 cm, ce qui suppose une vitesse de 150 mètres au minimum. Il en fut de même d'une toiture de zinc, qui se sépara en deux parties et dont les deux feuilles tombèrent, la première à droite, la seconde à gauche de la trajectoire de translation. Sur le bord de la rivière du Cosson, les peupliers sont renversés têtes contre têtes, etc. Enfin le jardinier du château historique de Masséna et son aide virent les eaux du canal se soulever à 50 m d'eux, pour former un entonnoir dont la partie évasée s'élevait à la hauteur des arbres ; c'était, disent-ils, comme le tourbillon de poussière qui court sur les routes, mais en bien plus grand; il se brisa bientôt et les éclaboussa de ses débris.


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