Le 3 juin 1913, en début de soirée, le petit village viticole de Bulligny, situé en Meurthe-et-Moselle, est dévasté par un torrent de boue lors d'un orage peu mobile qui déverse une quantité importante de pluie et de grêle. Le phénomène, bien qu'exceptionnel, ne provoque aucune victime.

Torrent de boue en aval de la Côte de Toul

Après une journée chaude et lourde, l'orage gronde sur la côte qui surplombe la commune de Bulligny. Vers 19 heures, un torrent de boue mêlé de grêle se déverse dans le village et entraîne tout sur son passage: échalas, bois, poutres et même murailles d'habitations dont certaines s'écroulent sous la force du courant.

Le torrent compromet les vignobles dont les terrains sont ravinés. Dans le village, le spectacle de désolation est grand, notamment rue Houdevaux et rue des Vignes. Localement, l'épaisseur de boue mêlée de grêle atteint plusieurs dizaines de centimètres et les rues sont jonchées de débris. L'eau a envahi les rez-de-chaussée des habitations.
 
Aidée des riverains, l'armée est réquisitionnée pour déblayer les lieux.
 

Dégâts accrus par une spécificité lorraine?

L'orage de Bulligny a provoqué des dégâts vraisemblablement accrus par la disposition des rues que l'on rencontre fréquemment dans les villages lorrains au début du XXe siècle. En effet, les axes principaux sont séparés des habitations par des usoirs, sortes de bandes de terrain sur lesquelles les riverains entreposent bois, outils ou matériaux. Surtout durant la belle saison, les usoirs sont encombrés de marchandises diverses. C'est précisément ce qui serait venu accroître la dangerosité et le volume du torrent.

Ce même torrent, alimenté par les échalas des vignobles en amont, et enrichi du contenu des usoirs en aval, a défoncé les portes et éventré certaines habitations. C'est ce qui expliquerait aussi les amoncellements localement spectaculaires observés en certains points du village.

Illustrations du phénomène

 
     
 
 

Contexte météorologique du 3 juin 1913

Le nord-est de la France se situe en bordure d'une dorsale anticyclonique qui intéresse surtout l'Allemagne. Dans un même temps, un minimum présent sur la péninsule Ibérique pilote un flux de sud-est chaud et instable sur l'Alsace-Lorraine, tandis que le reste de la France est soumis à de l'air plus frais. Cette configuration favorise le développement d'orages peu mobiles et extrêmement pluvieux, surtout sur la moitié nord-est du pays.

Les températures sont assez contrastées entre le nord-est et le sud-ouest de la France. Si la température maximale atteint 23,0°C à Paris* (parc de Saint-Maur), elle n'est que de 20,6°C à Nantes* et de 18,1°C à Bordeaux* (Observatoire de Floirac). A l'avant de la goutte froide, le mercure culmine encore à 25,6°C à Besançon*.

L'absence de cotes pluviométriques significatives pour la journée du 3 juin 1913 confirme le caractère localisé de cet orage. Cependant, la veille, on recueille 47 mm au pluviomètre de Neufchâteau (Vosges), à 30 km au sud-ouest de Bulligny, ce qui démontre le caractère potentiellement diluvien des orages durant la période.

 
 
 
 

Coupure de presse

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Sources

Les données suivies d'un astérisque proviennent du Bureau Central Météorologique.