Le 16 février 1885 - moins de 9 mois avant une seconde tornade qui frappera le val de Rouvre - une tornade de faible intensité (haut de l'échelon EF1) frappe le sud de Rânes (Orne) durant l'après-midi. Le phénomène est largement diffusé dans les revues scientifiques.
 

Principales caractéristiques de la tornade                                                                      

* intensité maximale : EF1, soit des vents estimés entre 135 km/h et 175 km/h
* distance parcourue : 3,5 kilomètres
* largeur moyenne : 300 mètres

* communes traversées : LE CHAMP-DE-LA-PIERRE, SAINT-MARTIN-L'AIGUILLON (le Bois Morel), RÂNES
* département touché : ORNE (61)
* altitude moyenne du terrain : 230 mètres
* type de terrain : territoires agricoles, forêts et milieux semi-naturels

* principaux dégâts : pommiers, poiriers, chênes, hêtres renversés ou tordus ; vitres brisées ; couvertures en chaume soulevées ; tuiles envolées ; hangar soulevé et renversé ; poiriers éclatés et branches transportées à 40 mètres ; chênes tordus et partagés en fragments

NB : l'intensité des tornades est déterminée sur l'échelle EF augmentée. Cette version de l'échelle EF, mise en place par KERAUNOS depuis 2009, ajoute aux critères américains une série de spécificités propres à l'habitat européen.
 

Parcours de la tornade 


Localisation exacte indéterminée

Une structure à multi-vortex?

La tornade de Saint-Martin-l'Aiguillon du 16 février 1885 a fait l'objet d'une enquête de terrain détaillée par E. Vimont, et reprise dans plusieurs revues scientifiques, dont l'Astronomie. D'après ses conclusions, le phénomène a traversé les territoires du Champ-de-la-Pierre, de Saint-Martin-l'Aiguillon et de Rânes sur un parcours de 3,5 kilomètres et une largeur comprise entre 250 et 350 mètres :

« Vers quatre heures de l'après-midi, plusieurs coups de tonnerre se firent entendre, venant du sud-ouest, puis un nuage noir s'avança rapidement, présentant à sa base des appendices inégaux. La nuit se fit presque complète. Tout à coup, les habitants du village de Bois-Morel (Saint-Martin-l'Aiguillon) virent une sorte de fumée blanchâtre s'avancer en rasant le sol et renversant tout sur son passage. Les couvertures en chaume furent ouvertes, et les pailles projetées au loin ; un hangar fut soulevé et renversé. Les tuiles des autres couvertures volaient à plus de cinquante pieds en l'air, les portes se renfonçaient de plus de 2 pouces, ainsi que les fenêtres, dont les carreaux volaient en éclats. Cela ne dura que quelques instants. Quand les habitants sortirent, ils furent épouvantés des ravages accomplis par la trombe. Sur une largeur moyenne de 250 m à 350 m tous les pommiers, poiriers, chênes énormes, hêtres étaient renversés. Des poiriers avaient éclaté, des branches étaient transportées à 40 m, des chênes avaient été tordus, partagés en fragments de la grosseur d'un crayon à dessin. Dans un herbage, le centre a été respecté complètement, tandis que les arbres des contours étaient tous brisés ou renversés circulairement.

La longueur parcourue par l'ouragan est d'environ 3 500 m, et le nombre des arbres enlevés, arrachés, dépasse de beaucoup deux-cents. Comme ce sont, pour la plupart, des pommiers de rapport, la perte est considérable. Les deux trombes se sont réunies en une seule, au village de Bois-Morel, puis sont restées unies sur une longueur de 2 800 m. Ensuite les deux courants se sont de nouveau scindés et ont perdu de leur violence. »

Ces informations ne permettent toutefois pas d'établir une trajectoire précise, car ni le point de départ, ni le sens de déplacement ne sont clairement identifiés.

Selon les observations de Vimont, la tornade aurait adopté une structure à multi-vortex, constituée de deux tourbillons d'abord distincts, et qui se seraient réunis sur un parcours de 2,8 kilomètres avant de se scinder à nouveau et de perdre en intensité.

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