Le 10 septembre 1896, vers 14h40, une tornade meurtrière d'intensité modérée (EF2) traverse la capitale sur un parcours de plus de 6 kilomètres. Le phénomène, qui tue cinq personnes, touche notamment l'île de la Cité avant de se dissiper près de la Villette. Les dégâts matériels sont importants. 
 
La tornade de Paris du 10 septembre 1896 représente, à ce jour, le seul cas français connu à s'être manifesté dans un environnement entièrement urbanisé, en tous points de sa trajectoire.
 
La tornade de Paris s'inscrit également dans un outbreak de tornades (épisode de tornades groupées) qui totalise 2 cas pour la journée du 10 septembre 1896, dont la tornade EF3 de Sainte-Menehould (Marne).

Publication dédiée

Une analyse détaillée sur cette tornade a été publiée par Keraunos en septembre 2016.

L'étude retranscrit la chronologie exacte des événements, qui ont pu être reconstitués grâce aux archives de presse et à la documentation historique de Keraunos, puis elle précise le parcours détaillé de la tornade au travers des rues de Paris, et s’attache enfin à établir les conditions météorologiques qui ont donné naissance à ce phénomène.

La publication, de 37 pages, est disponible au format pdf à cette adresse.


 

Principales caractéristiques de la tornade

Localisation de la tornade de Paris (75) du 10 septembre 1896intensité maximale : EF2, soit des vents estimés de 175 km/h à 220 km/h
* distance parcourue : 6,3 kilomètres
* largeur moyenne : 300 mètres (jusqu'à 400 mètres)

* commune traversée : PARIS VI (place Saint-Sulpice), PARIS I (île de la Cité, Châtelet), PARIS IV (Saint-Merri), PARIS III (Réaumur-Turbigo, square du Temple), PARIS X (République, Magenta, hôpital Saint-Louis), PARIS XIX (Buttes-Chaumont, ancien dépotoir)
* département : VILLE-DE-PARIS (75)
* altitude moyenne du terrain : 50 mètres
* type de terrain : territoires artificialisés, surfaces en eau

* principaux dégâts : arbres (marronniers, ormes, platanes) parfois d'une certaine grosseur, déracinés ou brisés ; projections de branches et de débris à grande distance ; toitures arrachées sur des immeubles ; omnibus soulevé et entraîné sur le pavé ; bateau-lavoir entraîné par le souffle ; individus projetés au sol ou traînés par la tornade ; mobilier urbain détruit ; nombreux monuments ou bâtiments célèbres endommagés ; nombreux fiacres brisés ou emportés
 
NB : l'intensité des tornades est déterminée sur l'échelle EF augmentée. Cette version de l'échelle EF, mise en place par KERAUNOS depuis 2009, ajoute aux critères américains une série de spécificités propres à l'habitat européen. 
 

Parcours de la tornade

Trajectoire établie sur un plan de 1906 (cliquer sur la carte pour l'agrandir) : 
 
Trajectoire de la tornade EF2 de Paris (Ville de Paris) du 10 septembre 1896. (c) - Keraunos (carte topographique des environs de Paris)
© Keraunos (fond de carte: Carte topographique des environs de Paris de 1906)
 
Trajectoire comparative sur un plan du début du XXIe siècle (cliquer sur la carte pour l'agrandir) :
 
Trajectoire de la tornade EF2 de Paris (Ville de Paris) du 10 septembre 1896
© Keraunos (fond de carte: Géoportail)
 

Une tornade urbaine exceptionnellement médiatisée

Parmi toutes les tornades françaises recensées à ce jour, la tornade de Paris du 10 septembre 1896 est le seul cas d'envergure à s'être développé et dissipé en milieu exclusivement urbain. Cette situation est d'autant plus remarquable qu'elle concerne le cœur de la capitale, que l'on pourrait croire, à tort, épargné par les catastrophes naturelles. Il a en effet déjà été démontré que les grosses agglomérations pouvaient limiter le risque tornadique, en raison notamment d'un niveau d'humidité  et de rugosité du terrain plus faibles que dans les zones naturelles. Or l'humidité est l'un des facteurs essentiels au développement d'une tornade.  

De fait, la tornade de Paris intervient durant un outbreak de tornades, à l'origine d'un second cas dans la Marne (tornade EF3 de Sainte-Menehould) qui prouve que cette journée présentait des caractéristiques peu ordinaires, avec un risque de tornade suffisamment élevé pour qu'il puisse s'en dérouler jusqu'en milieu urbain.

La tornade de Paris du 10 septembre 1896 a fait l'objet d'une médiatisation et d'une mobilisation exceptionnelles : pendant une semaine, les médias locaux s'emparent du sujet, recueillent des témoignages et tentent d'apporter une explication rationnelle à ce qui apparaît pourtant comme un phénomène plutôt fréquent en Ile-de-France, comme le rappelle la tornade EF3 de Maisons-Laffitte (Yvelines) survenue trois ans auparavant. De plus, la tornade traverse de hauts lieux emblématiques de la capitale, ce qui en accroît sa popularité : l'île de la Cité, berceau de Paris avec le célèbre 36 quai des Orfèvres ; la tour Saint-Jacques, site météorologique parisien avec son parc à instruments ; la place de la République, avec sa portée symbolique.  

En dépit d'une intensité modérée (EF2 sur l'échelle de Fujita améliorée), la tornade de Paris a tué 5 personnes, et en a blessé sérieusement 70 autres. Cette situation tient essentiellement à la densité de population, à l'importance du bâti (et donc au risque de projectiles) et à la proportion d'individus présents à l'extérieur au moment des faits. 
 

Chronologie de la tornade et dégâts

La tornade de Paris a été vue d'un très grand nombre de témoins. Aperçu au Sud-Ouest de la capitale (et notamment à Meudon), le tourbillon en formation est décrit comme suit : "Les vents régnaient d’ouest ; il était 2h25. […] Un paquet nuageux venant de Sèvres s’était abaissé vers la terre sans se résoudre en pluie. Poussé par le vent, il s’engagea sur le lit de la Seine, rasant les coteaux de Meudon. Là, les nuages du flanc droit, s’accrochant aux aspérités du coteau, subirent un frottement considérable et prirent du retard sur les autres parties du nuage. Ce phénomène […] détermina la naissance d’un lent mouvement giratoire dans le sens des aiguilles d’une montre. Alors une colonne de vapeur s’éleva du fleuve en même temps que le nuage s’abaissait encore."

Dans Paris, la tornade fait l'objet de toutes les comparaisons, y-compris les plus imaginaires : "Une poussière blanchâtre, semblable à une fumée épaisse, […] une énorme balle en caoutchouc, qui aurait, chaque fois qu'elle eût touché terre, tout renversé et brisé sur son passage." (Le Petit Parisien, 12/09/1896). "Elle était assez comparable, à l'œil, à la fameuse colonne de feu dont parle la Bible et qui guida les Hébreux vers la mer Rouge." (Le Matin, 11/09/1896)

C'est entre le flanc Nord du jardin du Luxembourg et la place Saint-Sulpice (Paris VIe) que la tornade touche le sol pour la première fois. Selon une trajectoire du Sud-Ouest vers le Nord-Est (avec quelques inflexions liées à la nature et à la complexité des sols), la tornade parcourt 6,3 kilomètres à travers six arrondissements. Successivement, le quartier Monnaie, l'Ouest de l'île de la Cité (quai des Orfèvres et palais de justice), la place du Châtelet et ses théâtres, la tour Saint-Jacques, le quartier Saint-Merri, le secteur Réaumur-Turbigo et le square du Temple, la place de la République, l'hôpital Saint-Louis, le parc des Buttes-Chaumont et l'ancien dépotoir sont touchés. 

La largeur du couloir de dégâts, extrêmement variable, atteint plus de 500 mètres de part et d'autre de la Seine et dans les quartiers neufs caractérisés par un habitat plus extensif. A l'inverse, dans les quartiers anciens (Monnaie, Saint-Merri) et dont l'habitat est très resserré, la trajectoire au sol est plus linéaire et le couloir de dégâts constamment compris entre 100 et 200 mètres. Pour ces raisons, la largeur moyenne de la tornade de Paris est estimée à 300 mètres.
 
Concernant les dégâts, la tornade frappe aussi bien l'habitat particulier que de nombreux bâtiments, sans parler de la végétation, des infrastructures, du mobilier urbain et de l'outil de travail de milliers de parisiens. L'inventaire suivant, non exhaustif, retrace les dommages les plus spectaculaires, auxquels s'ajoutent les projections à distance : 




Enfin, la tornade de Paris tue 5 personnes. Toutes sont décédées après de nombreuses contusions, et notamment des fractures du crâne. Ce lourd bilan fait de la tornade de Paris l'une des plus meurtrières de France.

Chute de pression record à la tour Saint-Jacques

La tornade de Paris fait partie des très rares cas de tornades françaises à avoir survolé un parc à instruments météorologiques (voir le dossier consacré à la tornade EF3 d'Asnières-sur-Seine du 18 juin 1897). En l'occurrence, l'observatoire de la tour Saint-Jacques, perché au sommet de l'édifice, a été traversé par la tornade sur son flanc Ouest, à 14h43 locales. Cet horaire précis correspond à la baisse aussi spectaculaire que subite de la pression atmosphérique mesurée par le barographe, qui passe ainsi de 997 hPa à 989 hPa : 

Bien que cette dépression brutale soit, au final, très en-deçà de la réalité (elle peut atteindre plus de 100 hPa dans une tornade) il convient de souligner le caractère exceptionnel de cette mesure, à une époque où les appareils enregistreurs étaient beaucoup moins élaborés et réactifs qu'aujourd'hui.