Dans la nuit du 14 au 15 mai 1899, une tornade de faible intensité (EF1) frappe une partie de la vallée de l'Arve (Haute-Savoie). Le phénomène a surtout provoqué des dommages à Marignier.

Cette tornade fait partie des très rares cas observés sur ce secteur des Alpes françaises.
 

Principales caractéristiques de la tornade

intensité maximale :  EF1, soit des vents estimés entre 135 km/h et 175 km/h
* distance parcourue : 12 kilomètres (distance minimale certaine)
* largeur moyenne : indéterminée

* communes traversées : CHÂTILLON-SUR-CLUSES, CLUSES (Pressy), THYEZ (le Nanty, Ternier), MARIGNIER (Anterne, Coppy), AYSE (Étraz, les Contamines), BONNEVILLE (l'Épargny)
* département : HAUTE-SAVOIE (74)
* altitude moyenne du terrain : 550 mètres
* type de terrain : territoires agricoles, forêts et milieux semi-naturels

* principaux dégâts : pommiers et poiriers arrachés, gros sapins arrachés, toitures enlevées

NB : l'intensité des tornades est déterminée sur l'échelle EF augmentée. Cette version de l'échelle EF, mise en place par KERAUNOS depuis 2009, ajoute aux critères américains une série de spécificités propres à l'habitat européen.
 

Parcours de la tornade

 
© d'après une carte du Ministère de l'Intérieur
 

Un sens de rotation cyclonique

La Nature, dans son édition du 2e semestre de l'année 1899, fait part d'une tornade qui s'est déroulée dans la nuit du 14 au 15 mai 1899, dans la vallée de l'Arve. Le phénomène, qui s'est déroulé sans orage, succède toutefois à une journée instable, marquée par des pluies orageuses importantes durant l'après-midi du 14 mai. Ces observations sont confirmées par une réanalyse de la situation météorologique des 14 et 15 mai 1899, dans laquelle la France est soumise à un flux de Sud dépressionnaire.

Selon les observations faites sur place, le phénomène s'est déroulé le 15 mai, entre 3 et 4 heures du matin, et selon un sens de déplacement de l'Est vers l'Ouest (avec une inflexion vers le Nord-Ouest en fin de parcours), soit sur une trajectoire totale de 16 kilomètres entre Cluses et Saint-Jean-de-Tholome. Mais l'inventaire des dommages n'ayant été détaillé que dans la vallée de l'Arve, il est plus raisonnable de considérer que la tornade a parcouru une trajectoire de 12 kilomètres en ligne droite entre Châtillon-sur-Cluses et Bonneville, et selon un sens de déplacement qui demeure encore incertain à ce jour.

Le relevé des dommages a permis de définir un sens de rotation cyclonique pour cette tornade, qui peut être classée en intensité EF1 sur l'échelle de Fujita améliorée. Principalement de Châtillon à Ayse, des arbres fruitiers (pommiers et poiriers) et des gros sapins ont été arrachés, et des toitures enlevées. A Bonneville, seules des tuiles sont projetées au sol.

Pour expliquer le phénomène, O. Jullien, licencié ès sciences, invoque la topographie de la vallée de l'Arve qui aurait pu faciliter un cisaillement local. Cette configuration spécifique n'est pas sans rappeler celle des plissements jurassiens, eux-aussi vecteurs de phénomènes tourbillonnaires de grande ampleur, à l'image de la tornade EF4 de Saint-Claude du 19 août 1890.