Le 13 février 1781, en fin de nuit, une tornade d'intensité modérée (EF2) endommage plusieurs quartiers de la ville de Lille (Nord) avant de se dissiper dans la campagne environnante. Le phénomène produit des dégâts matériels importants compte tenu des territoires urbanisés qu'il traverse.
 
 

Principales caractéristiques de la tornade

Localisation de la tornade de Lille (59) du 13 février 1781intensité maximale : EF2, soit des vents estimés entre 175 km/h et 220 km/h
* distance parcourue : 2,6 kilomètres (distance minimale certaine)
* largeur moyenne : 300 mètres (jusqu'à 400 mètres)

* commune traversée : LILLE (quai du Wault, rue de la Barre, rue de l'Arc, place Maurice Schumann, rue Esquermoise, rue Basse, rue du Cirque, rue Saint-Jacques, place aux Bleuets, faubourg de Roubaix)
* département : NORD (59)
* altitude moyenne du terrain : 25 mètres
* type de terrain : territoires artificialisés, territoires agricoles, zones humides

* principaux dégâts : manufacture Durot endommagée ; nombreuses couvertures d'habitations arrachées ; une partie du toit de l'Arsenal arrachée ; un hangar militaire renversé ; les trois-quarts du toit de l'hôtel de Soubise arrachés ; clocher de la chapelle du couvent des Dominicains arraché avec les cloches ; couverture de cette même chapelle partiellement enlevée ; vitrages de l'hôtel d'Avelin endommagés ; une partie du toit du couvent des Ursulines enlevé ; deux moulins renversés dans le faubourg de Roubaix
 
NB : l'intensité des tornades est déterminée sur l'échelle EF augmentée. Cette version de l'échelle EF, mise en place par KERAUNOS depuis 2009, ajoute aux critères américains une série de spécificités propres à l'habitat européen.
 
 

Trajectoire de la tornade

Cliquer sur les deux cartes suivantes pour les agrandir :
 
Tornade EF2 de Lille (Nord) du 13 février 1781. Plage de couleur rouge : superficie touchée par la tornade. Points rouges : principaux dégâts. Flèche rouge : sens de déplacement de la tornade. © Keraunos (support : plan de Lille, de la Citadelle et des environs, vers 1750)
© Keraunos (support : plan de Lille, de la Citadelle et des environs, vers 1750)

Tornade EF2 de Lille (Nord) du 13 février 1781. La même trajectoire dans l'agglomération lilloise d'aujourd'hui. © Keraunos (fond de carte : Géoportail)
© Keraunos (fond de carte : Géoportail)
 
 

Une ville encerclée de murailles, traversée de part en part

La tornade de Lille du 13 février 1781 est l'un des très rares cas de tornades urbaines au XVIIIe siècle, période où l'urbanisation n'atteignait pas les proportions d'aujourd'hui. Environ 60% de la trajectoire survole des territoires artificialisés dont le tissu urbain est continu, c'est à dire que les bâtiments, la voirie et les surfaces artificiellement recouvertes représentent plus de 80% de la surface totale. Même au XXIe siècle, ce fait resterait rarissime, car la plupart des tornades françaises survolent un tissu urbain discontinu, dans lequel l'espace artificiel côtoie a minima des surfaces végétalisées ou un sol nu.
 
De fait, la tornade de Lille ressemble beaucoup à celle qui a traversé Paris le 10 septembre 1896, et qui avait provoqué la mort de 5 personnes.
 
Les premières traces de la tornade sont observées sur le manège militaire de la porte de la Barre, ancien bâtiment situé au sud-est de la citadelle Vauban. De là, le tourbillon traverse toute la vieille ville, du quai du Wault à l'ancien couvent des Urbanistes, pour poursuivre sa route au faubourg de Roubaix (Saint-Maurice-des-Champs) où deux moulins sont renversées à la hauteur de la rue de la Louvière actuelle. Au-delà de ce secteur, aucun dégât n'est mentionné, ce qui permet de valider une distance minimale parcourue de 2,6 kilomètres.
 
D'après le journal historique et littéraire de mars 1781, la tornade aurait duré 10 heures de suite, ce qui laisse plutôt à penser qu'elle est survenue dans un contexte dépressionnaire et tempétueux : "La perte que cet ouragan, qui a duré dix heures de suite, a pu causer à toute cette ville, ne peut encore s’évaluer". Dans ce même journal, le descriptif du phénomène et des dégâts occasionnés permettent de reconstituer un couloir de dégâts large de 200 à 400 mètres, en frappant les lieux suivants:
 
> manège militaire de la porte de la Barre (disparu),
> rue, pont et canal de l'Arc (disparu),
> rue de la Barre,
> manufacture Durot (disparue, rue de l'Arc),
> arsenal (disparu, ancienne place de l'Arsenal aujourd'hui place Maurice Schumann),
> chambre des comptes (disparue, rue Esquermoise),
> canal du Pont-de-Weppes (disparu, rue de Weppes),
> hôtel de Soubise (disparu, rue Masurel et rue Basse),
> couvent des Dominicains (disparu, rue du Cirque),
> hôtel d'Avelin (rue Saint-Jacques),
> couvent des Ursulines (disparu, place aux Bleuets),
> deux moulins à vent, faubourg de Roubaix (disparus).
 
Les dégâts matériels sont importants et relèvent d'une intensité EF2 : manufacture Durot endommagée, maisons fortement endommagées dans un rayon de 200 mètres, une partie du toit de l'Arsenal arrachée, un hangar militaire renversé et bâtiments voisins endommagés dans sa chute (sans doute par des projections), les trois-quarts du toit de l'hôtel de Soubise arrachés et débris de la charpente jetés dans le jardin, clocher (de dimensions modestes) de la chapelle du couvent des Dominicains arraché avec les cloches, couverture de cette même chapelle partiellement enlevée, vitrages de l'hôtel d'Avelin brisés, une partie du toit du couvent des Ursulines enlevée, deux moulins renversés dans le faubourg de Roubaix.
 
Concernant le couvent des Dominicains, un extrait d'ouvrage consacré à son histoire, publié en 1782, relate les faits suivants qui témoignent de la force de la tornade : "Il n'en fut pas ainsi de l'ouragan qui se déchaîna contre ce même clocher le 13 février 1781, à quatre heures et quelques minutes du matin, il le secoua si violemment, que l'ayant détaché de sa base, il l'emporta avec toute la charpente et les trois cloches, pour le précipiter dans une cour contigüe à la sacristie, où tomba toute cette maile énorme avec un bruit épouvantable, après avoir fracassé une partie des toits de l'église, du chœur, de la sacristie, des dortoirs, etc. Le vent fut si fort et si impétueux, qu'il poussa par les fenêtres du dortoir, qui est vis à-vis de la sacristie, de grosses pièces de bois, et qu'il ébranla et fit pencher les plus fortes murailles. On se sentit si fortement agité, secoué, balancé, qu'on eût dit que c'était un tremblement de terre qui allait tout engloutir dans son sein, et jusqu'au fond de ses entrailles."
 
Aucune victime n'est à déplorer suite à cette tornade.
 
 

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